Question 1 — À quel mouvement littéraire appartient ce texte ?
M. de Rénal qui suivait toutes les chambres du château, revint dans celle des enfants avec les domestiques qui rapportaient les paillasses. L’entrée soudaine de cet homme fut pour Julien la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Plus pâle, plus sombre qu’à l’ordinaire, il s’élança vers lui. M. de Rénal s’arrêta et regarda ses domestiques.
— Monsieur, lui dit Julien, croyez-vous qu’avec tout autre précepteur, vos enfants, eussent fait les mêmes progrès qu’avec moi ? Si vous répondez que non, continua Julien, sans laisser à M. de Rénal le temps de parler, comment osez-vous m’adresser le reproche que je les néglige ?
M. de Rénal, à peine remis de sa peur, conclut du ton étrange qu’il voyait prendre à ce petit paysan, qu’il avait en poche quelque proposition avantageuse, et qu’il allait le quitter. La colère de Julien s’augmentant à mesure qu’il parlait :
— Je puis vivre sans vous, monsieur, ajouta-t-il.
— Je suis vraiment fâché de vous voir si agité, répondit M. de Rénal, en balbutiant un peu. Les domestiques étaient à dix pas occupés à arranger les lits.
— Ce n’est pas ce qu’il me faut, monsieur, reprit Julien hors de lui ; songez à l’infamie des paroles que vous m’avez adressées, et devant des femmes encore !
M. de Rénal ne comprenait que trop ce que demandait Julien, et un pénible combat déchirait son âme. Il arriva que Julien effectivement fou de colère, s’écria :
— Je sais où aller, monsieur, en sortant de chez vous.
À ce mot, M. de Rénal vit Julien installé chez M. Valenod.
— Eh bien ! monsieur, lui dit-il enfin avec un soupir et de l’air dont il eût appelé le chirurgien pour l’opération la plus douloureuse, j’accède à votre demande. À compter d’après-demain, qui est le premier du mois, je vous donne cinquante francs par mois. […]
Julien s’échappa rapidement et monta dans les grands bois par lesquels on peut aller de Vergy à Verrières. Il ne voulait point arriver si tôt chez M. Chélan. Loin de désirer s’astreindre à une nouvelle scène d’hypocrisie, il avait besoin d’y voir clair dans son âme, et de donner audience à la foule de sentiments qui l’agitaient.
J’ai gagné une bataille, se dit-il aussitôt qu’il se vit dans les bois et loin du regard des hommes, j’ai donc gagné une bataille !
Ce mot lui peignait en beau toute sa position et rendit à son âme quelque tranquillité.
Me voilà avec cinquante francs d’appointements par mois, il faut que M. de Rénal ait eu une belle peur. Mais de quoi ? […]
Julien prenait haleine un instant à l’ombre de ces grandes roches, et puis se remettait à monter. Bientôt par un étroit sentier à peine marqué et qui sert seulement aux gardiens des chèvres, il se trouva debout sur un roc immense et bien sûr d’être séparé de tous les hommes. Cette position physique le fit sourire, elle lui peignait la position qu’il brûlait d’atteindre au moral. […]
Julien debout sur son grand rocher regardait le ciel, embrasé par un soleil d’août. Les cigales chantaient dans le champ au-dessous du rocher ; quand elles se taisaient tout était silence autour de lui. Il voyait à ses pieds vingt lieues de pays. Quelque épervier parti des grandes roches au-dessus de sa tête était aperçu par lui, de temps à autre, décrivant en silence ses cercles immenses. L’œil de Julien suivait machinalement l’oiseau de proie. Ses mouvements tranquilles et puissants le frappaient, il enviait cette force, il enviait cet isolement.
C’était la destinée de Napoléon, serait-ce un jour la sienne ?
Réponse retenue : A — Le Romantisme..
Le passage met en scène un héros solitaire, exalté par la nature, l'élévation et le modèle napoléonien : ces traits sont nettement romantiques, même si le roman possède aussi une forte dimension réaliste.