Correction complète — Examen blanc : Littérature et langue françaises — enseignement secondaire qualifiant — session novembre 2025

80 questions avec réponses, explications et références.

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Littérature et sciences du langage (80 questions)

Question 1 — À quel courant littéraire appartient l’œuvre de Marcel Proust ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Réalisme.
  2. B. Romantisme.
  3. C. Modernisme.
  4. D. Naturalisme.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Proust appartient au modernisme littéraire : il a renouvelé la construction du roman en se concentrant sur la conscience, le temps et la mémoire plutôt que sur la simple description de la réalité extérieure.
Question 2 — Quel est le genre romanesque de Du côté de chez Swann ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Roman autobiographique.
  2. B. Roman d’aventures.
  3. C. Roman historique.
  4. D. Roman d’apprentissage.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
L'œuvre est traitée ici comme un roman d'apprentissage, car le récit suit la formation de la conscience du narrateur et sa découverte de lui-même et du monde à travers l'expérience et la mémoire.
Question 3 — Quel est le thème principal dans cet extrait ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. L’enfance malheureuse.
  2. B. Le conflit familial.
  3. C. La mémoire involontaire.
  4. D. Le deuil d’un proche.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Tout le passage repose sur le retour soudain d'un passé oublié après avoir goûté la madeleine : c'est le concept de mémoire involontaire.
Question 4 — Quelle image symbolique est associée à la madeleine ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Le passé effacé.
  2. B. Le souvenir d’enfance.
  3. C. Le rapport à la religion.
  4. D. L’amertume du présent.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
La madeleine n'est pas un simple gâteau ; c'est un signe qui évoque l'enfance du narrateur à Combray et sa relation avec sa tante Léonie.
Question 5 — Quelle sensation est à l’origine de l’émergence du souvenir ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. L’ouïe.
  2. B. L’odeur.
  3. C. La vue.
  4. D. Le goût.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le texte précise que la vue de la madeleine ne lui rappelait rien, tandis que son goût a ravivé le souvenir soudainement ; le sens déclencheur est donc le goût.
Question 6 — Quel lien existe entre mémoire et sensation dans le texte ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. La mémoire dépend uniquement de l’analyse rationnelle.
  2. B. La mémoire se déclenche par la lecture.
  3. C. La mémoire se manifeste par les sensations.
  4. D. La mémoire s’altère avec le temps.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
La mémoire, ici, ne naît pas d'une analyse intellectuelle délibérée, mais s'éveille par une sensation corporelle, le goût, avant de s'étendre en images et en sentiments.
Question 7 — La réminiscence est comparée à :

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. une pièce de théâtre.
  2. B. un album photo.
  3. C. un miroir déformant.
  4. D. un jeu japonais.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le narrateur compare la résurgence des souvenirs aux papiers japonais qui se déploient et prennent des formes précises une fois plongés dans l'eau.
Question 8 — Dans le 3e paragraphe, que veut montrer l’auteur à propos de l’odeur et de la saveur ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Elles s’effacent rapidement, comme les objets et les êtres.
  2. B. Elles ne peuvent pas résister au temps qui passe.
  3. C. Elles sont trop fragiles pour évoquer le passé.
  4. D. Elles conservent le souvenir quand tout le reste a disparu.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Proust affirme que les odeurs et les saveurs demeurent plus durables que les choses et les êtres, et portent la trace du passé même après la disparition de ses autres manifestations.
Question 9 — Quel temps verbal domine le passage ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Le présent de l’impératif.
  2. B. L’imparfait du subjonctif.
  3. C. Le futur simple.
  4. D. Le conditionnel passé.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Plusieurs temps du passé se côtoient dans le passage, et aucun des quatre temps proposés ne domine ; le choix « aucune réponse correcte » est donc le plus approprié.
Question 10 — À quel mode est conjugué le verbe dans cet énoncé : « Et dès que j’eus reconnu le goût… » ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Le subjonctif.
  2. B. Le participe.
  3. C. L’indicatif.
  4. D. Le conditionnel.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
« J'eus reconnu » est un verbe conjugué au passé antérieur, un temps du mode indicatif.
Question 11 — Que fait le narrateur dans cet énoncé : « La vieille maison grise… vint comme un décor de théâtre » ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Il imagine un rêve.
  2. B. Il évoque un souvenir fulgurant.
  3. C. Il simule un monologue.
  4. D. Il se morfond consciemment.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
L'apparition soudaine de la maison après la reconnaissance du goût illustre le retour du souvenir d'un seul coup et avec force, non une description ordinaire ni un jugement logique.
Question 12 — Quel procédé narratif est utilisé dans ce passage ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Mise en abyme.
  2. B. Discours direct.
  3. C. « Je » introspectif.
  4. D. Pause descriptive.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
L'emploi du pronom de la première personne, associé à l'analyse des sensations et des souvenirs, fonde le récit sur un « je » introspectif qui dévoile le monde intérieur.
Question 13 — Dans cet extrait, que révèle Proust à propos de la mémoire ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Elle ressurgit spontanément.
  2. B. Elle est stable et objective.
  3. C. Elle se construit rationnellement.
  4. D. Elle disparaît progressivement.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le souvenir n'a pas été convoqué par la volonté du narrateur ; il a « surgi » spontanément dès la reconnaissance du goût — c'est là l'essence de la mémoire involontaire.
Question 14 — Qu’exprime l’image des papiers japonais ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. La confusion totale et brusque du narrateur.
  2. B. La dégradation lente et vague des souvenirs.
  3. C. La reconstitution soudaine et précise du souvenir.
  4. D. La perte progressive et incertaine de l’identité.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Tout comme des morceaux de papier informes prennent des formes nettes, les traces éparses du passé se recomposent en un monde complet et précis dans la conscience du narrateur.
Question 15 — À quoi renvoie l’expression « leur gouttelette presque impalpable » ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Les souvenirs effacés.
  2. B. Les larmes du narrateur.
  3. C. Le parfum de l’enfance.
  4. D. Les saveurs et odeurs.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le pronom dans « leur gouttelette » renvoie à l'odeur et à la saveur mentionnées juste avant, celles qui portent l'édifice du souvenir.
Question 16 — Que suggère l’énoncé : « … seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles… » ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. L’oubli est parfois inévitable.
  2. B. Les sensations ont une force paradoxale.
  3. C. La vision joue un rôle essentiel.
  4. D. Le hasard intervient souvent sans prévenir.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
L'association de la fragilité et de la vivacité, de l'immatérialité et de la persistance, souligne le paradoxe d'une sensation puissante malgré sa délicatesse et son absence de matérialité.
Question 17 — Quel registre littéraire se dégage de cet extrait ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Comique.
  2. B. Tragique.
  3. C. Pathétique.
  4. D. Sarcastique.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le passage est méditatif et poétique sur la mémoire et le temps, et non comique, tragique, ironique ou pathétique au sens strict ; il ne correspond donc à aucune des options.
Question 18 — Quelle affirmation se rapporte au narrateur ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Le narrateur est attaché à son passé.
  2. B. Le narrateur est passionné par la science.
  3. C. Le narrateur a une mémoire exceptionnelle.
  4. D. Le narrateur refuse toute forme de nostalgie.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Les détails de Combray, de la maison, de la tante et des chemins sont évoqués avec une forte émotion, ce qui révèle l'attachement du narrateur à son passé personnel.
Question 19 — Le goût de la madeleine déclenche…

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. une colère.
  2. B. un dégoût.
  3. C. une nostalgie.
  4. D. une incertitude.
  5. E. aucun des choix proposés n’est juste.
Le retour des scènes heureuses de l'enfance crée une nostalgie pour un temps révolu, et non un sentiment de peur, de dégoût ou de méfiance.
Question 20 — Quelle est la fonction principale de la comparaison finale ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Expliquer la méthode scientifique du narrateur.
  2. B. Illustrer la fantaisie de l’imagination.
  3. C. Concrétiser le processus de réminiscence.
  4. D. Amuser discrètement le lecteur.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
La comparaison finale rend visible et sensible un processus psychologique abstrait : les souvenirs se déploient et prennent forme comme les papiers japonais s'ouvrent dans l'eau.
Question 21 — Quelle réaction le souvenir suscite-t-il chez le narrateur ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Une confusion totale.
  2. B. Une indifférence apparente.
  3. C. Une insouciance morbide.
  4. D. Une émotion puissante.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le texte décrit le souvenir comme source de bonheur, puis comme reconstruisant tout un monde dans sa conscience ; sa réaction est donc une émotion intense.
Question 22 — Que met en valeur la comparaison entre la madeleine et le « petit coquillage » ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. La simplicité de l’enfance du narrateur.
  2. B. La forme esthétique et symbolique du gâteau.
  3. C. Le goût salé et amer du coquillage.
  4. D. Une critique des souvenirs religieux.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
La comparaison de la madeleine à un « petit coquillage » met en valeur sa forme repliée et sa beauté sensorielle et symbolique, pas seulement son goût.
Question 23 — Quelle figure de style est utilisée dans l’expression « l’édifice immense du souvenir » ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Litote.
  2. B. Comparaison.
  3. C. Métonymie.
  4. D. Personnification.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
« L'édifice immense du souvenir » est une métaphore qui transforme le souvenir en une construction immense portée par une gouttelette sensorielle ; la métaphore ne figure pas parmi les options proposées.
Question 24 — Quelle est la structure générale dans cet extrait narratif ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Un début nostalgique, une fin dans le désespoir.
  2. B. Un début descriptif, une fin dans l’action.
  3. C. Un début déclencheur, une fin dans l’expansion.
  4. D. Un début dialogué, une fin dans la réflexion.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le passage commence par un déclencheur minime, le goût, puis s'achève par l'élargissement du souvenir jusqu'à englober la maison, la ville, les jardins et tout Combray.
Question 25 — Quelle est la valeur symbolique du thé dans cet extrait ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Il symbolise la tradition.
  2. B. Il évoque l’amertume de la vie.
  3. C. Il est le lien entre présent et passé.
  4. D. Il représente la société bourgeoise.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le thé est le médium qui a ravivé le goût de la madeleine, reliant ainsi le moment présent de la dégustation à l'expérience passée de l'enfance.
Question 26 — Quel rôle joue la tante Léonie dans le souvenir ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Un obstacle majeur.
  2. B. Un personnage secondaire.
  3. C. Une figure d’autorité.
  4. D. Une figure majeure.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
La tante Léonie est associée au rituel du dimanche matin, à la madeleine et au thé ; elle constitue donc une figure centrale dans la formation de ce souvenir.
Question 27 — À quoi correspond ce moment dans cet extrait ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. À un moment de résurrection.
  2. B. À un moment de rétribution.
  3. C. À un moment de réminiscence.
  4. D. À un moment de rédemption.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Ce moment est celui d'une réminiscence soudaine qui ramène le passé vivant à la conscience.
Question 28 — Quel est le rôle de la focalisation dans ce passage ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Elle donne des repères historiques sur l’époque décrite.
  2. B. Elle dévoile les émotions et perceptions personnelles.
  3. C. Elle montre uniquement ce que les autres perçoivent.
  4. D. Elle empêche toute interprétation subjective.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
La focalisation interne fait suivre au lecteur la sensation, la joie et le mouvement du souvenir depuis l'intérieur de la conscience du narrateur, et non depuis un point de vue extérieur neutre.
Question 29 — Pourquoi ce passage est-il considéré comme un moment central du roman ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Il raconte une anecdote humoristique de l’enfance.
  2. B. Il illustre la force de la mémoire sensorielle et affective.
  3. C. Il décrit une scène festive typique de Combray.
  4. D. Il annonce l’arrivée d’un personnage principal du roman.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
La scène incarne l'un des axes essentiels du roman : la capacité d'une sensation simple à restituer le passé dans toute sa force émotionnelle.
Question 30 — Quel apport majeur Proust a-t-il offert à la littérature française ?

Ce passage marque l’un des moments fondateurs de l’œuvre : l’éveil de la mémoire involontaire, thème central du roman, déclenchée ici par le goût d’une madeleine trempée dans le thé.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau.

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-141.

  1. A. Il a introduit les grands récits d’exploration politique.
  2. B. Il a enrichi la tradition des romans d’aventure.
  3. C. Il a renouvelé l’art du roman par l’analyse du moi.
  4. D. Il a critiqué les valeurs de la société coloniale.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
L'apport majeur de Proust est d'avoir fait de l'analyse du moi, de la mémoire et du temps intérieur une matière fondamentale pour la construction du roman moderne.
Question 31 — Parmi les œuvres suivantes, laquelle met en scène une écrivaine algérienne emprisonnée, confrontée au poids des traditions et à la censure, et propose une réflexion sur la place de la femme dans la société post-coloniale ?
  1. A. L’Amour, la fantasia d’Assia Djebar.
  2. B. Le Silence des ténèbres de Rachid Boudjedra.
  3. C. Le Voile de la peur de Rachid Mimouni.
  4. D. L’Invention du désert de Leïla Sebbar.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
La description proposée ne correspond précisément à aucun des quatre titres ; selon le corrigé, la réponse correcte est donc qu'aucune des propositions n'est exacte.
Question 32 — Quel auteur marocain a écrit un roman dans lequel un narrateur halluciné tente de reconstituer les origines de sa folie dans un Maroc marqué par l’autoritarisme, la religion et les tabous sexuels, et dans lequel le style est fortement influencé par le monologue intérieur ?
  1. A. Driss Chraïbi.
  2. B. Mohamed Leftah.
  3. C. Tahar Ben Jelloun.
  4. D. Fouad Laroui.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
La description renvoie à une expérience narrative liée à l'œuvre de Tahar Ben Jelloun, où le trouble psychique se mêle aux questions de pouvoir, de religion et d'interdits.
Question 33 — Quelle œuvre est considérée comme un manifeste littéraire et politique qui dénonce l’aliénation linguistique, la colonisation culturelle, et propose une réflexion sur l’écriture en langue française par un auteur maghrébin ?
  1. A. Le Déserteur de Leïla Marouane.
  2. B. Écrire en pays dominé de Patrick Chamoiseau.
  3. C. Le Roman maghrébin d’Abdelkebir Khatibi.
  4. D. Le Monde à l’envers de Salah Garmadi.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le livre « Le Roman maghrébin » d'Abdelkébir Khatibi étudie l'écriture maghrébine et son rapport à la langue française et à la domination culturelle ; il correspond donc à la description.
Question 34 — Publié en 1956, ce roman emblématique de la littérature algérienne de langue française est écrit dans un style éclaté, poétique et non linéaire. L’auteur y raconte l’errance de quatre jeunes Algériens : Lakhdar, Mourad, Mustapha et Rachid.
  1. A. Le Fils du pauvre de Mouloud Feraoun.
  2. B. La Nuit sacrée de Tahar Ben Jelloun.
  3. C. La Civilisation, ma mère ! de Driss Chraïbi.
  4. D. Rue des boutiques obscures de Patrick Modiano.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le roman visé est « Nedjma » de Kateb Yacine, publié en 1956, mais il ne figure pas parmi les choix ; la réponse est donc E.
Question 35 — Écrit dans une langue volontairement dépouillée, ce récit autobiographique évoque les années de formation d’un jeune homme confronté à l’illettrisme, à la pauvreté extrême et à l’exclusion dans le nord du Maroc. Il y dépeint avec cruauté, mais sans misérabilisme, le quotidien des marginaux. L’œuvre, interdite dans plusieurs pays arabes à sa sortie, est aujourd’hui un classique.
  1. A. L’Inspecteur Ali de Driss Chraïbi.
  2. B. Le Pain nu de Mohamed Choukri.
  3. C. Le Corps de ma mère de Fawzia Zouari.
  4. D. Un Marocain à Paris de Driss Chraïbi.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
« Le Pain nu » est le récit autobiographique de Mohamed Choukri, qui dépeint une enfance rude dans le nord du Maroc dans un style direct et dépouillé, et qui a suscité interdiction et vive controverse.
Question 36 — Charles Baudelaire est un :

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. Poète et philosophe.
  2. B. Poète et dramaturge.
  3. C. Poète et critique d’art.
  4. D. Poète et journaliste.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Baudelaire fut un grand poète, mais aussi un critique d'art, auteur de textes influents sur la peinture et l'art moderne.
Question 37 — Dans quel recueil le poème « Correspondances » a-t-il été publié ?

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. Le Spleen de Paris.
  2. B. Les Fleurs du mal.
  3. C. Les Contemplations.
  4. D. Les Chants de Maldoror.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le poème « Correspondances » figure dans le recueil le plus célèbre de Baudelaire, Les Fleurs du mal.
Question 38 — Quel est le thème principal abordé dans le poème « Correspondances » ?

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. La solitude absolue de l’homme face à la nature.
  2. B. La communion mystique entre l’homme et la Nature.
  3. C. La violence du monde moderne et son influence.
  4. D. Le rejet du monde sensible au profit de la raison.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le texte présente la nature comme un espace sacré rempli de symboles, où l'homme perçoit des relations cachées entre le monde sensible et le monde spirituel.
Question 39 — Quelle est la structure strophique du poème ?

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. Trois tercets et deux quatrains.
  2. B. Deux quatrains et deux tercets.
  3. C. Deux quatrains et deux sizains.
  4. D. Deux quatrains et deux tercets.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le texte est un sonnet : il comporte quatorze vers répartis en deux quatrains puis deux tercets.
Question 40 — À quoi la nature est-elle comparée dans ce poème ?

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. À un miroir.
  2. B. À une cathédrale.
  3. C. À un temple.
  4. D. À une forêt.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le poète ouvre par l'affirmation explicite « La Nature est un temple » ; la nature est donc comparée à un temple.
Question 41 — Le mot « forêts » au vers 3 est :

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. une métaphore de la diversité des espèces végétales.
  2. B. une métaphore du langage symbolique du monde.
  3. C. une métonymie du chaos dominant le monde.
  4. D. un oxymore montrant le contraste dans le monde.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Les « forêts de symboles » ne sont pas des forêts littérales ; c'est une image figurée pour la multitude de signes cachés que l'homme doit apprendre à déchiffrer.
Question 42 — Quelle figure de style domine le vers 1 ?

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. Antithèse.
  2. B. Hyperbole.
  3. C. Métonymie.
  4. D. Métaphore.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
La phrase « La Nature est un temple » transpose le nom « temple » à la nature sans outil comparatif : c'est une métaphore.
Question 43 — Quelle est la disposition des rimes ?

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. abba/abba/cde/ced.
  2. B. abba/abba/ccd/eed.
  3. C. abab/cdcd/efg/efg.
  4. D. aabb/ccdd/ee/ff.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le schéma de rimes réel est approximativement ABBA / CDDC / EFE / FGG, ce qui ne correspond à aucune des formules proposées.
Question 44 — Quel est le champ lexical dominant dans les vers 9 à 13 ?

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. La musique.
  2. B. Le sacré.
  3. C. Les sensations.
  4. D. Le silence.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Les vers réunissent parfums, couleurs, sons, douceur et verdure : c'est donc le champ lexical des sens et de la perception sensorielle qui domine.
Question 45 — Dans le vers 8, quel procédé stylistique est utilisé ?

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. La synesthésie.
  2. B. L’anaphore.
  3. C. La personnification.
  4. D. L’euphémisme.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
L'expression « les parfums, les couleurs et les sons se répondent » mêle des domaines sensoriels différents : c'est une synesthésie.
Question 46 — Quelle conception de la poésie transparaît dans ce poème ?

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. Une poésie qui décrit fidèlement la réalité visible.
  2. B. Une poésie fondée sur l’observation du réel quotidien.
  3. C. Une poésie fondée sur les correspondances secrètes.
  4. D. Une poésie qui prend position sur des enjeux de société.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le poète considère que les phénomènes sensoriels ne sont pas séparés, mais liés par des relations secrètes qui révèlent l'unité du monde.
Question 47 — Le vers 6 évoque :

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. un mystère complexe et ordonné.
  2. B. un chaos dépourvu d’unité.
  3. C. une image simple et claire.
  4. D. un monde logique et mathématique.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
« Une ténébreuse et profonde unité » renvoie à un ordre caché et complexe reliant les éléments, et non à un chaos dénué de sens.
Question 48 — Quelle figure de style est utilisée au vers 7 ?

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. une hyperbole.
  2. B. une litote.
  3. C. un euphémisme.
  4. D. un oxymore.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le vers « Vaste comme la nuit et comme la clarté » comporte deux comparaisons introduites par « comme » ; la comparaison ne figure pas parmi les options proposées.
Question 49 — Quelle figure de style est présente dans le vers 14 ?

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. Une anaphore.
  2. B. Une personnification.
  3. C. Une métonymie.
  4. D. Une ellipse.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le verbe « chantent » est attribué aux parfums, leur conférant une action humaine : c'est une personnification.
Question 50 — Quelle interprétation peut-on faire du vers 4 ?

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. La Nature parle à travers un langage intelligible.
  2. B. Les objets naturels ont un sens spirituel caché.
  3. C. Le monde matériel n’a pas d’existence propre.
  4. D. L’homme est un étranger dans le monde naturel.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Les regards familiers de la nature suggèrent que ses éléments portent des significations spirituelles cachées et communiquent avec l'homme par des symboles.
Question 51 — Le vers 8 illustre l’idée suivante :

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. la fragmentation du réel.
  2. B. la confusion sensorielle.
  3. C. la fusion harmonieuse des sensations.
  4. D. la disjonction symbolique.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Réunir parfums, couleurs et sons dans une relation de réponse mutuelle incarne le mélange des sens en une unité harmonieuse.
Question 52 — Dans le vers 1, le mot « temple » désigne :

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. un monument religieux chrétien.
  2. B. un espace sacré de la Nature.
  3. C. une salle de culte musulman.
  4. D. un lieu de pèlerinage.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le temple désigne le caractère sacré de la nature, espace de passage vers un sens spirituel, et non un édifice religieux littéral.
Question 53 — Quelle est la valeur du pluriel dans « parfums », « couleurs », « sons » (vers 8) ?

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. Il montre la richesse du monde sensible.
  2. B. Il exprime l’indétermination sensorielle.
  3. C. Il réduit la portée des images.
  4. D. Il indique l’uniformité du réel.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le pluriel élargit le champ de l'expérience et souligne la diversité des stimuli sensoriels ainsi que la richesse du monde perçu.
Question 54 — Que suggère le dernier vers : « Qui chantent les transports de l’esprit et des sens » ?

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. La poésie rend compte d’un monde rationnel.
  2. B. Le poète est submergé par une douleur intense.
  3. C. Le monde sensible éveille un ravissement intérieur.
  4. D. L’art poétique est un fardeau lourd à porter.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Les parfums éveillent « les transports de l'esprit et des sens », c'est-à-dire qu'ils conduisent à un état intérieur d'émotion et d'élévation.
Question 55 — Le titre « Correspondances » désigne :

1. La Nature est un temple où de vivants piliers
2. Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
3. L’homme y passe à travers des forêts de symboles
4. Qui l’observent avec des regards familiers.

5. Comme de longs échos qui de loin se confondent
6. Dans une ténébreuse et profonde unité,
7. Vaste comme la nuit et comme la clarté,
8. Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

9. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
10. Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
11. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

12. Ayant l’expansion des choses infinies,
13. Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
14. Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

  1. A. les lettres échangées entre deux poètes.
  2. B. l’idée que tous les éléments du monde sont reliés.
  3. C. un style poétique du XVIIIe siècle.
  4. D. une lettre en prose adressée à la Nature.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le titre renvoie aux liens cachés entre les sens, ainsi qu'entre le sensible et le spirituel, c'est-à-dire à l'interdépendance des éléments de l'univers.
Question 56 — À quel mouvement littéraire appartient l’œuvre de Jean Racine ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Au Symbolisme, qui suggère des idées par des images poétiques.
  2. B. Au Baroque, qui privilégie le foisonnement, le mouvement et les contrastes.
  3. C. Au Classicisme, qui impose des règles strictes et valorise la raison.
  4. D. Au Réalisme, qui veut représenter fidèlement la vie quotidienne.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Racine est l'un des représentants majeurs du classicisme français du XVIIe siècle, qui privilégie l'ordre, les règles et la clarté.
Question 57 — Quelle conception du théâtre domine chez Racine ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Le théâtre représente des conflits sociaux inspirés du monde contemporain.
  2. B. Le théâtre est un divertissement sans contraintes qui vise à faire rêver le spectateur.
  3. C. Le théâtre comique est supérieur au théâtre tragique car il parle à tous.
  4. D. Le théâtre respecte les règles classiques, montrant la force tragique des passions.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Son théâtre respecte la structure classique et fait du conflit des passions humaines une force qui conduit les personnages vers leur destin tragique.
Question 58 — À quel genre théâtral appartient Phèdre de Racine ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Tragédie.
  2. B. Tragicomédie.
  3. C. Comédie.
  4. D. Drame.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
« Phèdre » est une tragédie : son héroïne est prisonnière d'un amour interdit et d'un conflit insoluble qui s'achève dans la catastrophe.
Question 59 — Dans le théâtre classique, à quoi sert principalement la règle des trois unités ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Simplifier pour le spectateur la mise en scène.
  2. B. Garantir la clarté et la vraisemblance de l’intrigue.
  3. C. Réduire le nombre de personnages secondaires.
  4. D. Faciliter le jeu des comédiens sur scène.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Les unités de temps, de lieu et d'action concentrent les événements et renforcent la clarté de l'intrigue ainsi que sa vraisemblance sur scène.
Question 60 — Qu’appelle-t-on la bienséance dans le théâtre classique ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Le respect des règles propres à la cour royale.
  2. B. L’interdiction de toute scène triviale.
  3. C. Le respect des normes morales et sociales sur scène.
  4. D. L’obligation de crédibiliser l’action dramatique.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
La bienséance théâtrale empêche que ce qui heurte les valeurs morales et sociales dominantes soit montré directement sur scène.
Question 61 — Quel est le rôle principal du monologue dans cet extrait ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Proposer une pause au spectateur.
  2. B. Résumer les actes précédents.
  3. C. Exprimer les conflits intérieurs.
  4. D. Présenter un nouveau personnage.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le long monologue de Phèdre révèle son amour interdit, sa peur, sa culpabilité et ses tentatives de résistance, c'est-à-dire son conflit intérieur.
Question 62 — De quel personnage Phèdre tombe-t-elle amoureuse ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Thésée.
  2. B. Hippolyte.
  3. C. Œnone.
  4. D. Aricie.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Phèdre nomme explicitement Hippolyte et décrit sa tentative de s'éloigner de lui, faisant de lui l'objet de son amour.
Question 63 — Quel lien unit Thésée à Hippolyte ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Il est son frère.
  2. B. Il est son ami.
  3. C. Il est son fils.
  4. D. Il est son neveu.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Hippolyte est le fils de Thésée né d'une relation antérieure, ce qui rend l'amour de sa belle-mère Phèdre pour lui interdit.
Question 64 — Quelle figure de style retrouve-t-on dans les vers 5 à 8 (« rougis / pâlis / transir / brûler ») ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Gradation.
  2. B. Métaphore.
  3. C. Antithèse.
  4. D. Chiasme.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
« Rougis/pâlis » et « transir/brûler » forment des paires de sens opposés : c'est donc l'antithèse qui domine.
Question 65 — Quel effet produit la succession de verbes dans le vers 5 : « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue » ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Elle traduit l’intensité du désir amoureux qui s’estompe progressivement.
  2. B. Elle souligne des réactions vives qui s’enchaînent rapidement.
  3. C. Elle marque le rejet profond et instinctif qu’éprouve Phèdre.
  4. D. Elle prépare une action décisive qui va être entreprise.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
La succession de verbes courts, de la vue au rougissement puis à la pâleur, accélère le rythme et dépeint des réactions corporelles successives.
Question 66 — Quel type de vers Racine utilise-t-il dans ce monologue ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Hexasyllabes.
  2. B. Octosyllabes.
  3. C. Alexandrins.
  4. D. Décasyllabes.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Racine écrit la tragédie classique en vers alexandrins, généralement de douze syllabes.
Question 67 — Quel est le sens du mot « superbe » au vers 4 ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Indigne.
  2. B. Hautain.
  3. C. Jaloux.
  4. D. Insoucieux.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Dans l'usage classique, « superbe » signifie orgueilleux ou hautain.
Question 68 — Quelle est la figure utilisée dans « ma raison égarée » (v. 14) ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Une antiphrase.
  2. B. Un oxymore.
  3. C. Un euphémisme.
  4. D. Une antonomase.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
L'expression associe la « raison », qui suppose le bon jugement, à « égarée », qui le nie, créant une contradiction verbale que le corrigé classe comme un oxymore.
Question 69 — Quelle est la nature de la visée de Phèdre dans ce monologue ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Délibérative.
  2. B. Lyrique.
  3. C. Narrative.
  4. D. Tragique.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
L'aveu révèle un amour interdit, un destin implacable et un sentiment de culpabilité ; c'est donc la visée tragique qui domine.
Question 70 — Que recherche Phèdre à travers son aveu à Œnone ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Le pardon.
  2. B. Une consolation.
  3. C. Une vengeance.
  4. D. Une justification.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Phèdre confie son secret à Œnone pour alléger sa souffrance et trouver un soutien affectif : elle recherche donc du réconfort.
Question 71 — Le personnage d’Œnone joue ici le rôle de :

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. confidente.
  2. B. antagoniste.
  3. C. juge.
  4. D. héroïne secondaire.
  5. E. aucun des choix proposés n’est juste.
Œnone écoute le secret de Phèdre et recueille son aveu : c'est le rôle théâtral traditionnel de la confidente.
Question 72 — Quelle figure de style est présente dans l’expression « ce silence assourdissant » ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Une antithèse.
  2. B. Une antiphrase.
  3. C. Un oxymore.
  4. D. Une ironie.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
« Silence » et « assourdissant » sont deux notions contradictoires réunies dans une même expression : c'est un oxymore.
Question 73 — Pourquoi Phèdre évoque-t-elle Vénus (v. 9) ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Pour justifier son impiété.
  2. B. Pour justifier son égarement.
  3. C. Pour justifier sa gratitude.
  4. D. Pour justifier son apaisement.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Phèdre attribue son trouble à la puissance de Vénus et à « ses feux », présentant son amour comme un destin imposé qui explique son égarement.
Question 74 — Quel est l’enjeu dramatique dans cet extrait théâtral ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. Il dévoile l’issue tragique.
  2. B. Il introduit un conflit secondaire.
  3. C. Il révèle le cœur du conflit intérieur.
  4. D. Il met en scène Hippolyte.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
La scène ne dévoile pas le dénouement, mais révèle le ressort essentiel de l'action : le conflit de Phèdre entre amour interdit, devoir et culpabilité.
Question 75 — Quel thème tragique domine dans cet extrait ?

PHÈDRE

1. Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
2. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
3. Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
4. Athènes me montra mon superbe ennemi :
5. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
6. Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
7. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
8. Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
9. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
10. D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

11. Par des vœux assidus je crus les détourner :
12. Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
13. De victimes moi-même à toute heure entourée,
14. Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
15. D’un incurable amour remèdes impuissants !
16. En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
17. Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
18. J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
19. Même au pied des autels que je faisais fumer, […]

20. Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
21. Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
22. Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
23. J’excitai mon courage à le persécuter.
24. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
25. J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
26. Je pressai son exil, et mes cris éternels
27. L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.

28. Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
29. Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
30. Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
31. De son fatal hymen je cultivais les fruits.
32. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
33. Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
34. J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
35. Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. […]

Jean Racine, Phèdre (1677).

  1. A. L’amour fatal.
  2. B. La vengeance familiale.
  3. C. L’exil politique.
  4. D. L’héroïsme belliqueux.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
L'amour, dans ce passage, est une force pathologique et fatale, impossible à guérir ; c'est donc le thème de l'amour destructeur qui domine.
Question 76 — Selon la conception chomskyenne de la compétence linguistique, laquelle de ces affirmations est rigoureusement correcte ?
  1. A. La compétence inclut les usages sociolinguistiques et pragmatiques du locuteur.
  2. B. Elle se manifeste exclusivement à travers la performance observable.
  3. C. C’est une capacité inconsciente et générative propre à chaque individu.
  4. D. Elle suppose une acquisition intégrale de la grammaire descriptive d’une langue.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Chez Chomsky, la compétence est une connaissance implicite et générative des règles de la langue chez l'individu, distincte de la performance effective, influencée par les conditions d'usage.
Question 77 — Dans la théorie de l’énonciation d’Oswald Ducrot, quel est le rôle de la polyphonie linguistique ?
  1. A. Expliquer la variation des accents régionaux dans l’énonciation.
  2. B. Distinguer les différents plans de la temporalité énonciative.
  3. C. Montrer la pluralité des points de vue dans un énoncé.
  4. D. Rattacher les marqueurs énonciatifs à leur origine diachronique.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Chez Ducrot, la polyphonie linguistique explique la possibilité de la présence de plus d'une position ou d'une voix au sein d'un même énoncé, même prononcé par un seul locuteur.
Question 78 — En sémantique formelle, que permet le lambda-calcul dans l’analyse du langage naturel ?
  1. A. Encoder les lois phonotactiques des langues naturelles.
  2. B. Exprimer des prédications dans une syntaxe fonctionnelle.
  3. C. Interpréter les intentions du locuteur à partir du contexte.
  4. D. Modéliser la variation lexicale selon les normes sociales.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
Le lambda-calcul permet de représenter les relations, la prédication et la composition sémantique sous forme de fonctions et d'arguments au sein d'une structure formelle.
Question 79 — Selon Benveniste, quelle distinction fondamentale différencie l’énonciation de l’énoncé ?
  1. A. L’énoncé est une forme linguistique stable, l’énonciation un fait socialement déterminé.
  2. B. L’énonciation renvoie à l’analyse du sens, l’énoncé à la forme grammaticale.
  3. C. L’énoncé relève de l’organisation syntaxique, l’énonciation de la phonétique expressive.
  4. D. L’énonciation est l’acte individuel de production, l’énoncé son résultat langagier.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
L'énonciation est l'acte du locuteur individuel qui produit le discours dans un contexte donné, tandis que l'énoncé est le produit linguistique de cet acte.
Question 80 — Dans la linguistique de l’énonciation, à quoi renvoie précisément le « je » dans le système déictique selon Benveniste ?
  1. A. À une entité stable repérable dans le discours.
  2. B. À une instance désignée indépendamment du contexte.
  3. C. À un indice grammatical du temps du verbe.
  4. D. À un pronom dont le sens dépend de l’acte de parole.
  5. E. Aucun des choix proposés n’est juste.
La référence du « je » change selon chaque situation d'énonciation ; il désigne la personne qui parle au moment du dire, non une personne fixe hors contexte.