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Module 1 · 12 chapitres

Législation scolaire

Présentation structurée du droit scolaire marocain : évolution de la réforme, hiérarchie des textes, cadre législatif, organisation administrative, statuts professionnels, vie scolaire et actualités.

12 chapitres 47 questions ~3.0 heures

Objectifs du module

  • Distinguer les textes législatifs, réglementaires, administratifs et les références stratégiques
  • Comprendre l’évolution de la réforme de la Charte à la Vision stratégique
  • Maîtriser l’articulation entre la loi-cadre 51-17 et la loi 59.21
  • Identifier les niveaux d’organisation du ministère, des AREF et des directions provinciales
  • Comprendre les règles générales et particulières de la situation professionnelle
  • Analyser la vie scolaire, la protection des apprenants et les régimes de responsabilité
  • Relier les actualités éducatives à leur nature juridique et institutionnelle
Axe I : clés de compréhension

Comprendre le droit de l’éducation exige d’identifier, pour chaque document, son auteur, son fondement et sa fonction. Le seul intitulé ne suffit pas : un dahir peut promulguer une loi, une note peut n’être qu’une instruction interne et un document administratif peut, selon son contenu, produire des effets juridiques.

Textes législatifs

Constitution, lois organiques, lois-cadres et lois ordinaires.

Textes réglementaires

Décrets et arrêtés exerçant le pouvoir réglementaire ou appliquant les lois.

Documents administratifs

Décisions, notes, circulaires et communiqués, selon le contenu de chaque acte.

Quatre questions pour qualifier un document

Qui en est l’auteur ?

Le Roi, le Parlement, le Chef du gouvernement, un ministre ou une autorité administrative.

Quel est son fondement ?

La Constitution, une loi, un décret ou une délégation attribuant la compétence.

Que produit-il ?

Une règle générale, une modalité d’application, une décision individuelle ou une simple orientation.

Comment devient-il applicable ?

Par publication, notification à l’intéressé ou diffusion dans les services.

Textes constitutionnels et législatifs

TexteAuteur et procédureFonctionObservation
ConstitutionPouvoir constituantNorme suprême définissant droits, pouvoirs et institutions.Tous les actes inférieurs doivent la respecter.
Loi organiqueAdoptée par le Parlement dans les matières prévues par la Constitution.Précise des dispositions constitutionnelles relatives aux pouvoirs et institutions.Soumise au contrôle de la Cour constitutionnelle avant promulgation.
Loi-cadreAdoptée par le Parlement.Fixe les principes, objectifs et choix majeurs d’une réforme sectorielle.La loi-cadre 51-17 en est un exemple éducatif.
Loi ordinaireAdoptée par le Parlement dans le domaine de la loi.Établit des règles générales obligatoires.Elle est promulguée puis publiée au Bulletin officiel.
Décret-loiPris par le gouvernement entre les sessions parlementaires, selon l’article 81.Intervient provisoirement dans le domaine législatif.Il doit être soumis à ratification lors de la session ordinaire suivante.

Le dahir : sa forme ne suffit pas à fixer son rang

Le dahir est un acte émanant du Roi. Sa portée dépend toutefois de son objet, de son fondement et de son contenu :

Dahir de promulgation

Il ordonne l’exécution d’une loi adoptée par le Parlement. La loi constitue le corps législatif et le dahir en assure la promulgation, comme le dahir 1.19.113 pour la loi-cadre 51-17.

Dahir relevant d’une compétence royale

Il met en œuvre une attribution conférée au Roi par la Constitution; sa fonction dépend du domaine concerné.

Dahir portant loi

Forme historique ayant établi des règles de valeur législative. Ces textes demeurent applicables tant qu’ils ne sont pas modifiés ou abrogés.

Règle de lecture : il est inexact d’affirmer sans nuance que « le dahir est supérieur à la loi ». Il faut d’abord déterminer s’il promulgue une loi, exerce une compétence royale ou constitue un ancien dahir portant loi.

Textes réglementaires et actes d’exécution

ActeAuteur habituelFonctionExemple ou observation
DécretChef du gouvernementExerce le pouvoir réglementaire ou précise l’application d’une loi.Décret 2.24.140 relatif au statut des fonctionnaires du ministère.
Arrêté ministérielUn ministre dans son domaine de compétencePrécise les modalités techniques ou sectorielles prévues par une loi ou un décret.L’arrêté 1074.24 fixe les modalités de titularisation en application du décret 2.24.140.
Arrêté conjointDeux ministres ou davantageRègle une matière relevant de plusieurs départements.Il porte la signature de toutes les autorités concernées.
DécisionMinistre ou autorité administrative compétenteMesure réglementaire limitée, individuelle ou d’exécution.Liste d’admis, nomination d’une commission ou mesure particulière.

Précision terminologique : dans l’architecture marocaine actuelle, le décret émane du Chef du gouvernement, tandis que l’arrêté ministériel émane du ministre. L’expression « décret ministériel » doit donc être évitée lorsqu’il s’agit en réalité d’un arrêté.

Chaîne d’application dans le secteur éducatif

  1. Loi ou loi-cadre : fixe les principes et obligations générales, telle la loi-cadre 51-17.
  2. Décret : organise un domaine ou établit les règles d’application, tel le décret 2.24.140.
  3. Arrêté ministériel : détermine les modalités détaillées, tel l’arrêté 1074.24 sur la titularisation.
  4. Décision : adopte une mesure précise fondée sur les textes précédents.
  5. Note : organise l’exécution quotidienne, les délais, les responsabilités et les pièces demandées.

Notes, circulaires et documents d’information

DocumentFonction habituelleLimite
CirculaireUniformise l’interprétation d’un texte ou son application par les services.Elle ne modifie pas la norme qu’elle explique.
Directive périodiqueOrganise de manière générale ou récurrente une activité administrative.Elle reste soumise à la compétence de son auteur et aux normes supérieures.
Note ministérielleOrganise une opération éducative ou administrative, ses délais et ses responsabilités.Elle ne peut contredire une loi, un décret ou un arrêté réglementaire.
Note de serviceTraite une question interne à une administration ou à un service déterminé.Son champ est plus restreint que celui d’une note ministérielle générale.
Note de présentationExpose le contexte, les objectifs et les motifs d’un projet de texte.Elle explique le projet mais ne constitue pas le texte juridique lui-même.
CommuniquéInforme sur une décision, un événement ou une mesure.Il n’a pas, par nature, vocation à créer une règle juridique.

Le contenu prime : une note ou une circulaire est normalement un instrument d’interprétation et d’organisation interne. Si elle ajoute des règles générales affectant les droits ou les situations juridiques, elle peut revêtir la nature d’une décision administrative réglementaire soumise au principe de légalité et au contrôle juridictionnel.

Publication, notification et diffusion

Publication

Rend publiques les normes générales; le Bulletin officiel est la référence de publication des textes législatifs et réglementaires.

Notification

Porte une décision individuelle à la connaissance de la personne directement concernée.

Diffusion administrative

Transmet une note ou une circulaire aux services subordonnés afin d’unifier l’exécution.

Documents d’orientation sans valeur législative propre

La Charte nationale, la Vision stratégique, la Feuille de route et les recommandations orientent les politiques publiques et éclairent la réforme. Leur importance ne leur confère pas automatiquement la force d’une loi; leurs choix deviennent juridiquement obligatoires lorsqu’ils sont repris dans des textes adoptés par les autorités compétentes selon les procédures prévues.

Références officielles

Axe II : évolution de la réforme

La Charte nationale d’éducation et de formation est une référence contractuelle ayant formulé le consensus national sur la réforme de l’école à la fin des années 1990. Elle a défini des finalités, des domaines et des leviers qui ont orienté les politiques ultérieures, sans constituer une loi.

Nature

Document contractuel de référence

Auteur

Commission spéciale éducation-formation

Repère

Adoption en 1999 et mise en œuvre en 2000-2001

Contexte et adoption

La Charte est adoptée en 1999 et sa mise en œuvre progressive débute à la rentrée 2000-2001. La référence historique officielle du Conseil supérieur présente 2001-2010 comme la « Décennie de l'éducation et de la formation ». ».

Repère chronologique : 1999 correspond à l’adoption de la Charte, tandis que 2000 renvoie au début de sa mise en œuvre lors de la rentrée 2000-2001.

Architecture du document

La Charte compte 171 articles répartis en deux parties complémentaires :

  • Première partie — Principes fondamentaux : les fondements constants, les finalités majeures, les droits et devoirs des partenaires, et la mobilisation nationale.
  • Seconde partie — Espaces de rénovation : six domaines déclinés en dix-neuf leviers de changement.

Les six domaines et les dix-neuf leviers

DomaineLeviers
1. Extension de l'enseignement et son ancrage dans l'environnement économique1. Généraliser un enseignement de qualité dans une école multiforme
2. Éducation non formelle et lutte contre l'analphabétisme
3. Meilleure adéquation entre système éducatif et environnement économique
2. Organisation pédagogique4. Restructuration et organisation des cycles d'éducation et de formation
5. Évaluation et examens
6. Orientation éducative et professionnelle
3. Amélioration de la qualité7. Révision des programmes, curricula, manuels et supports didactiques
8. Emplois du temps et rythmes scolaires et pédagogiques
9. Amélioration de l'enseignement de l'arabe, maîtrise des langues étrangères, ouverture sur l'amazighe
10. Usage des nouvelles technologies de l'information et de la communication
11. Encouragement de l'excellence, de l'innovation et de la recherche scientifique
12. Promotion des activités sportives, de l'éducation physique et des activités parascolaires
4. Ressources humaines13. Motivation des ressources humaines, qualité de leur formation, conditions de travail, révision des critères de recrutement, d'évaluation et de promotion
14. Amélioration des conditions matérielles et sociales des apprenants et prise en charge des personnes à besoins spécifiques
5. Gestion et pilotage15. Décentralisation et déconcentration du secteur
16. Amélioration de la gestion globale du système et son évaluation continue
17. Diversification des types de constructions et d'équipements, de leurs normes et de leur adaptation à l'environnement
6. Partenariat et financement18. Stimulation de l'enseignement privé, régulation de ses normes, agrément au mérite
19. Mobilisation des ressources de financement et rationalisation de leur gestion

Clé mnémotechnique (3-3-6-2-3-2). Nombre de leviers par domaine, dans l'ordre : trois, trois, six, deux, trois, deux — total 19. Le domaine 3 (qualité) est le plus lourd avec six leviers, ce qui indique en soi la priorité du texte.

Fondements constants et finalités

La première partie ancre l'École marocaine dans les principes de la religion islamique et ses valeurs morales, dans l'identité nationale et l'appartenance civilisationnelle, dans la monarchie constitutionnelle, avec ouverture sur les acquis universels des droits de l'Homme. Elle lui assigne une finalité double : former le citoyen et former la ressource humaine du développement.

Le Livre Blanc (juin 2002)

Document opérationnel produit par les commissions de révision des curricula, il traduit les principes de la Charte en choix et orientations pédagogiques déclinables dans les programmes. Il fixe quatre valeurs constantes :

  • les valeurs de la foi islamique ;
  • les valeurs de l'identité civilisationnelle et ses principes moraux et culturels ;
  • les valeurs de la citoyenneté ;
  • les valeurs des droits de l'Homme et leurs principes universels.

Distinction documentaire : la Charte fixe des choix politiques et contractuels; le Livre blanc de 2002 en traduit une partie dans les curricula et les programmes.

Le bilan critique

L'évaluation d'étape (2004-2008) révèle un paradoxe quantitatif/qualitatif : progrès net de la scolarisation et des infrastructures, mais persistance de la déperdition scolaire et faiblesse des compétences de base. C'est ce paradoxe qui ouvre la voie au Programme d'urgence 2009-2012, puis à la Vision stratégique 2015-2030.

1999 — Adoption de la Charte par la COSEF.
2000 — Entrée en application, lancement de la Décennie nationale.
2002 — Livre Blanc : traduction curriculaire.
2008 — L'évaluation d'étape révèle les blocages.
2009 — Programme d'urgence.
2015 — Vision stratégique 2015-2030.
2019 — La loi-cadre 51-17 rend les choix contraignants.
  • Charte Nationale d'Éducation et de Formation, Commission Spéciale Éducation-Formation (COSEF), 1999 — deux parties, 6 domaines, 19 leviers, 171 articles.
  • Livre Blanc, commissions de révision des curricula, juin 2002.

Le Programme d’urgence 2009-2012 est une phase opérationnelle destinée à accélérer la réforme après que l’évaluation d’étape eut constaté les difficultés de mise en œuvre de la Charte. Il relie cette référence contractuelle à la Vision stratégique ultérieure.

Nature

Programme gouvernemental opérationnel

Période

2009–2012

Architecture officielle

23 projets répartis en quatre axes

Contexte et lancement

Dans le contexte de l'évaluation intermédiaire de la Charte et de l'accélération de la réforme, le ministère a élaboré le Programme d'urgence officiellement référencé comme « NAJAH 2009-2012 ». Il convient de retenir cette période sans présenter 2009-2011 comme une durée initiale en l'absence d'une source officielle précise.

Chronologie : l’appel à un plan d’urgence apparaît en 2007, l’exécution commence en 2009 et la période retenue s’achève en 2012.

Les deux objectifs stratégiques

1. Consolider et accélérer l'achèvement de la réforme

Mobiliser les moyens, diversifier les sources de financement, élargir le partenariat, renforcer les capacités humaines et techniques, approfondir décentralisation et déconcentration.

2. Valoriser la réforme et absorber sa dynamique

Renforcer l'administration pédagogique et l'encadrement, mettre en place des mécanismes de qualité et de mesure, évaluer curricula, programmes et manuels.

Les vingt-trois projets répartis en quatre axes

La source officielle présente le Programme d’urgence comme un ensemble de 23 projets répartis en quatre axes. L’ancienne liste de dix projets et son codage pédagogique ne doivent pas être présentés comme l’architecture officielle du Programme.

Chiffres de référence

  • Enveloppe additionnelle : environ 7,97 milliards de dirhams en 2009, 5,67 milliards en 2010, 5,98 milliards en 2011.
  • Besoins en postes : de 12 956 postes en 2007 à 14 291 en 2011, principalement au collège.
  • Objectifs quantitatifs : permettre à 90 % des élèves inscrits en 1ʳᵉ année du primaire d'atteindre la dernière année, à 80 % d'achever le collège, à 60 % d'accéder au qualifiant (dont 40 % obtiennent le baccalauréat).

L'avis du Conseil supérieur de l'enseignement (octobre 2008)

Le Conseil supérieur de l'enseignement — prédécesseur institutionnel du Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) — rend un avis critique, matière précieuse pour les questions d'analyse :

  • critique de la faiblesse de l'enveloppe destinée au préscolaire : 500 à 600 dirhams par enfant et par an, contre un besoin réel avoisinant 6 000 dirhams, avec appel à un modèle marocain propre ;
  • proposition d'un fonds spécial de financement, à l'abri des contraintes du budget ordinaire ;
  • préférence pour une approche territoriale (collectivités associées à la construction et à l'équipement) plutôt qu'une agence centrale des constructions scolaires ;
  • rappel de trois conditions de réussite : un pilotage efficace, la sécurisation du financement, et l'engagement de tous les acteurs.
  • Programme d'urgence 2009-2012, ministère de l'Éducation nationale, décembre 2007.
  • Avis du Conseil supérieur de l'enseignement sur le Programme d'urgence, octobre 2008.

La Vision stratégique 2015-2030 est une référence prospective élaborée par le Conseil supérieur pour construire une école fondée sur l’équité, l’égalité des chances, la qualité et la promotion de l’individu et de la société.

Nature

Vision stratégique consultative

Auteur

Conseil supérieur de l’éducation

Structure

4 chapitres, 23 leviers et 134 mesures

Auteur et références

Elle émane du Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS), en 2015, sur la base de son rapport analytique sur la mise en œuvre de la Charte et de références directrices : la Constitution, les discours royaux, les conventions internationales ratifiées.

Auteur institutionnel : la Vision émane du Conseil supérieur, instance constitutionnelle consultative indépendante, tandis que le Programme d’urgence relevait du ministère.

Les trois fondements

Équité et égalité des chances

Généralisation de la scolarisation, lutte contre les disparités sociales et territoriales, intégration du préscolaire.

Qualité pour tous

Révision des curricula, formation des enseignants, amélioration du climat scolaire.

Promotion de l'individu et de la société

Adéquation formation/emploi, ancrage des valeurs de citoyenneté, maîtrise des langues.

Architecture : quatre chapitres, 23 leviers, 134 mesures

ChapitreIntituléVolume
IPour une école de l'équité et de l'égalité des chances8 leviers, 40 mesures
IIPour une école de la qualité pour tous7 leviers, 55 mesures
IIIPour une école de la promotion individuelle et sociétale
IVPour un leadership efficace et une nouvelle conduite du changement

Au total : 23 leviers de changement et 134 mesures de rénovation, plus trois annexes (dispositions constitutionnelles afférentes, concepts opératoires, échéances proposées).

Ne mélangez pas les trois nombres. Charte : 19 leviers · Vision : 23 leviers · Loi-cadre : 59 articles. La question « combien de leviers ? » vise la Vision, le terme « levier de changement » lui étant propre.

Les cinq principes structurants

  • les constantes constitutionnelles de la Nation (religion islamique, unité nationale, monarchie constitutionnelle, choix démocratique) ;
  • l'identité marocaine une et plurielle dans ses composantes et affluents ;
  • les principes et valeurs des droits de l'Homme ;
  • le système comme levier du développement humain durable ;
  • l'insertion dans la société du savoir, de la science, de la créativité et de l'innovation.

Les horizons temporels

  • Court terme : trois ans ;
  • Moyen terme : six ans ;
  • Long terme : au-delà de six ans, jusqu'à l'horizon 2030.

Ces trois horizons ne sont pas décoratifs : ce sont eux qui passent littéralement dans les délais de la loi-cadre (trois ans, six ans), preuve la plus nette que 51-17 est la traduction législative de la Vision.

L'ingénierie linguistique

La Vision retient l'alternance linguistique progressive (enseignement de certaines matières scientifiques en langues étrangères à partir du collège) et la diversification des langues au préscolaire et au primaire (arabe, amazighe, français), pour qu'un bachelier maîtrise au moins deux langues étrangères. C'est l'objectif que reprend, sous forme contraignante, l'article 31 de la loi-cadre.

  • Vision stratégique de la réforme 2015-2030 : pour une école de l'équité, de la qualité et de la promotion, CSEFRS, 2015.
Axe III : cadre législatif

La loi-cadre 51-17 est la référence législative générale de la réforme du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique. Elle transforme de grands choix stratégiques en obligations juridiques et organise les principes, la gouvernance, le financement et l’évaluation.

Nature

Loi-cadre obligatoire

Structure

59 articles répartis en dix titres

Promulgation

Dahir 1.19.113 du 9 août 2019

Mise à jour 2026 : la loi n° 59.21 relative à l'enseignement scolaire dispose, dans son article 1er, qu'elle intervient en application de la loi-cadre n° 51.17, notamment de son article 17. Elle ne doit donc pas être présentée comme abrogeant la loi-cadre : les deux textes restent des références, 59.21 constituant la loi sectorielle de mise en œuvre pour l'enseignement scolaire.

Parcours législatif

20 août 2018 — Adoption en Conseil des ministres.
19 juillet 2019 — Adoption définitive par les deux chambres du Parlement.
9 août 2019 — Dahir n° 1.19.113 de promulgation, puis publication au Bulletin officiel.

Les dix titres

Retenir ce tableau dispense d'apprendre les articles un à un : connaître le titre suffit à déduire le domaine de l'article.

TitreIntituléArticles
IDispositions générales1 – 2
IIPrincipes, objectifs et fonctions du système3 – 6
IIIComposantes et structuration du système7 – 18
IVAccès au système et mécanismes de bénéfice de ses services19 – 26
VCurricula, programmes et formations27 – 35
VIRessources humaines36 – 39
VIIPrincipes et règles de gouvernance40 – 44
VIIIGratuité de l'enseignement et diversification des sources de financement45 – 52
IXÉvaluation du système et mesures d'accompagnement de la qualité53 – 56
XDispositions transitoires et finales57 – 59

Précision : les articles 31 et 32 de la loi-cadre concernent l’ingénierie linguistique; ils ne définissent ni les compétences du Conseil supérieur ni les missions de l’inspection.

Scolarité obligatoire et âge de scolarisation (articles 19 et 8)

« L'accès à l'enseignement scolaire par tous les enfants, filles et garçons, ayant atteint l'âge de scolarisation, est obligatoire ; cette obligation incombe à l'État et à la famille ou à toute personne légalement responsable de l'enfant.
L'enfant est réputé avoir atteint l'âge de scolarisation lorsqu'il a de quatre ans à seize ans révolus. »

Article 19 de la loi-cadre 51-17

L'article 8 prévoit l'ouverture du préscolaire aux enfants de quatre à six ans et son intégration progressive au primaire dans un délai de trois ans, les deux formant le « cycle de l'enseignement primaire », avec ouverture aux enfants de trois ans une fois généralisé ; il relie par ailleurs primaire et collège au sein du « cycle de l'enseignement obligatoire ».

Trois expressions non interchangeables. « Âge de scolarisation » = 4 à 16 ans (article 19) · « cycle de l'enseignement primaire » = préscolaire + primaire (article 8) · « cycle de l'enseignement obligatoire » = primaire + collège (article 8). Répondre « obligatoire de 6 à 15 ans » renvoie à la Charte, pas à la loi-cadre.

Les délais légaux — le cœur du texte

C'est ce qui distingue 51-17 de tout ce qui l'a précédé. L'article 58 précise leur computation : « les délais prévus par la présente loi-cadre sont des délais francs, décomptés à partir de la date d'entrée en vigueur des textes législatifs et réglementaires nécessaires à son application ».

DélaiObligationArticle
3 ansIntégration du préscolaire au primaire8
Programme national de mise à niveau des établissements existants22
Plan national intégré d'éducation inclusive25
Révision globale du système d'évaluation, des examens et de la certification35
Programmation d'élaboration des textes d'application59
6 ansGénéralisation de l'enseignement obligatoire à tous les enfants en âge de scolarisation20
Combler le déficit en établissements et les doter en cadres22
Permettre aux apprenants de maîtriser les langues étrangères31
Révision globale du système d'orientation scolaire, professionnelle et universitaire34
4 ansDoter les établissements privés de cadres qualifiés et permanents13
10 ansÉradication de l'analphabétisme, de ses causes et de ses manifestations23

L'ingénierie linguistique (articles 31 et 32)

Elle repose sur des principes explicites : l'arabe comme langue fondamentale d'enseignement ; le développement du statut de l'amazighe dans un cadre national, en tant que langue officielle de l'État et patrimoine commun à tous les Marocains sans exception ; l'instauration d'un plurilinguisme progressif et équilibré faisant du bachelier un locuteur maîtrisant l'arabe et l'amazighe et possédant au moins deux langues étrangères ; et la mise en œuvre du principe d'alternance linguistique.

« L'alternance linguistique : approche pédagogique et choix éducatif progressif qui investit dans l'enseignement plurilingue, en vue de diversifier les langues d'enseignement à côté des deux langues officielles de l'État, par l'enseignement de certaines matières, notamment scientifiques et techniques, ou de certains contenus et modules de certaines matières, en une ou plusieurs langues étrangères. »

Article 2 de la loi-cadre 51-17 (définitions)

La gratuité (article 45)

« L'État garantit la gratuité de l'enseignement public dans tous ses cycles et spécialités et œuvre à mobiliser toutes les possibilités disponibles pour le rendre accessible à toutes les citoyennes et à tous les citoyens sur un pied d'égalité.
Nul n'est privé de poursuivre ses études pour des raisons purement matérielles, dès lors qu'il remplit les compétences et acquis requis. »

Article 45 de la loi-cadre 51-17

L'article 47 la complète en instituant, par loi de finances, un fonds spécial de diversification des sources de financement, alimenté par l'État, les établissements et entreprises publics et le secteur privé.

Concepts définis par l'article 2

Projet d'établissement

Cadre méthodologique orientant les efforts de tous les acteurs, et outil essentiel d'opérationnalisation des politiques éducatives au sein de chaque établissement, dans le respect de ses spécificités.

Équité et égalité des chances

Garantie du droit à un accès généralisé, par la mise à disposition pour tous d'une place pédagogique aux mêmes standards de qualité, sans discrimination.

Qualité

Permettre à l'apprenant de réaliser pleinement son potentiel par une meilleure appropriation des compétences cognitives, communicationnelles, pratiques, affectives et créatives.

Charte de l'apprenant (article 26)

Charte fixant droits et devoirs de l'apprenant, mise à disposition de tous, et considérée comme partie intégrante du règlement intérieur de chaque établissement.

Gouvernance et évaluation

  • Article 40 : poursuite de la décentralisation et de la déconcentration, renforcement de l'autonomie effective des universités et des AREF dans un cadre contractuel, et autonomie des établissements fondée sur le projet d'établissement.
  • Article 54 : évaluation double — interne, réalisée périodiquement par l'autorité gouvernementale, et externe, réalisée par le Conseil supérieur selon une programmation annuelle et pluriannuelle.
  • Article 57 : création, auprès du chef du gouvernement, d'une Commission nationale de suivi et d'accompagnement de la réforme.
  • Article 37 : définition des missions et compétences des cadres dans des référentiels des emplois et des compétences, servant à l'attribution des responsabilités, à l'évaluation de la performance et à la promotion.
  • Article 39 : la formation continue est obligatoire et entre dans les éléments d'évaluation et de promotion.
  • Loi-cadre n° 51-17 relative au système d'éducation, de formation et de recherche scientifique, promulguée par le dahir n° 1.19.113 du 7 hija 1440 (9 août 2019) — 59 articles, 10 titres.

La loi n° 59.21 constitue le texte sectoriel organisant les règles fondamentales de l’enseignement scolaire public et privé. Elle a été promulguée par le dahir n° 1.26.05 du 11 février 2026 et publiée au Bulletin officiel n° 7485 du 23 février 2026.

Nature

Loi sectorielle obligatoire relative à l’enseignement scolaire.

Articulation

Elle applique la loi-cadre 51-17 sans s’y substituer.

Entrée en vigueur

À la publication, sous réserve des textes d’application requis.

Champ et fonction de la loi

La loi décline les principes généraux de la loi-cadre en règles sectorielles concernant l’organisation de l’enseignement scolaire, les établissements, les apprenants, les personnels, l’enseignement privé, la gouvernance, l’évaluation et le financement. Son article premier affirme cette relation d’application, notamment avec l’article 17 de la loi-cadre.

Dispositions structurantes

ArticleDispositionPortée institutionnelle
33Projet d’établissement intégré obligatoire.Cadre de planification, de gestion et d’évaluation de l’établissement.
35Règlement intérieur comprenant obligatoirement la charte de l’apprenant.Articulation des droits, des devoirs et de la vie scolaire.
39Assurance des apprenants pendant qu’ils sont sous la surveillance de l’établissement.Obligation d’assurance distincte des règles de responsabilité civile.
53Contrôle des établissements privés par les AREF.Lien entre autorisation, suivi, qualité et gouvernance régionale.
90–108Gouvernance, ressources humaines, transformation numérique, évaluation et financement.Organisation du pilotage et de la qualité aux différents niveaux du système.
113Entrée en vigueur, abrogations et dispositions transitoires.Articulation avec les textes antérieurs et les mesures d’application.

Relation avec la loi-cadre 51-17

Loi-cadre

Elle fixe les principes, les choix fondamentaux et les obligations générales du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique.

Loi 59.21

Elle précise l’organisation de l’enseignement scolaire et transforme ces principes en règles sectorielles détaillées.

Régime transitoire : l’article 113 maintient les textes réglementaires relatifs à l’enseignement scolaire jusqu’à leur abrogation, leur remplacement ou leur modification. Les dispositions nécessitant des textes d’application ne prennent effet qu’à la publication de ceux-ci.

Textes expressément abrogés

La loi abroge notamment la loi 05.00 relative à l’enseignement préscolaire et la loi 06.00 formant statut de l’enseignement scolaire privé, tout en organisant la continuité réglementaire pendant la période transitoire.

  • Loi n° 59.21 relative à l’enseignement scolaire, Bulletin officiel n° 7485 du 23 février 2026.
  • Loi-cadre n° 51-17, notamment ses articles 17 et 31.
Axe IV : organisation administrative

L’administration de l’enseignement scolaire s’organise entre les services centraux, régionaux, provinciaux et les établissements. Chaque niveau assume des fonctions de planification, d’organisation, d’exécution et de suivi dans une articulation entre déconcentration et décentralisation.

Organisation centrale

Décret 2.24.328

Niveau régional

12 Académies régionales

Niveau provincial

Directions provinciales

Mise à jour juridique des AREF : la loi n° 07.00, telle que modifiée notamment par la loi n° 71.15, demeure le socle de leur création et de leurs compétences. Le décret-loi n° 2.23.781 ne doit pas être présenté comme un texte en vigueur : il a été expressément retiré par le décret n° 2.24.62 du 25 janvier 2024. Le décret n° 2.24.66 a par ailleurs modifié le décret d'application n° 2.00.1016.

Le niveau central

Aux termes de l'article 2 du décret n° 2.24.328, l'administration centrale comprend le secrétariat général, l'Inspection générale, l'Inspection générale des affaires pédagogiques ainsi que les directions et structures centrales énumérées par cet article, notamment la Direction générale de l'action pédagogique, la Direction générale de la vie scolaire et la Direction générale de la planification, des ressources et de la contractualisation. Le décret n° 2.24.328 abroge le décret n° 2.02.382. :

  • Direction des curricula (DC) : programmes, manuels scolaires, orientations pédagogiques ;
  • Direction des ressources humaines (DRH) : recrutement, formation, gestion des carrières ;
  • Direction de la stratégie, des statistiques et de la planification (DSSP) ;
  • Direction des examens et concours (DEC) ;
  • Direction de l'enseignement scolaire privé.

Les Académies régionales d'éducation et de formation (AREF)

Créées par la loi n° 07.00, promulguée par le dahir n° 1.00.203 du 19 mai 2000. Elles sont au nombre de 12 depuis leur alignement sur le découpage régional de 2015. Ce sont des établissements publics dotés de la personnalité morale et de l'autonomie financière, administrés par un conseil d'administration et dirigés par un directeur.

Données institutionnelles : les AREF sont au nombre de 12 depuis la régionalisation avancée. Elles sont organisées par la loi 07.00 promulguée par le dahir 1.00.203.

Structure d'une académie

PôleAttributions principales
Affaires pédagogiquesGestion des établissements, organisation de la scolarité, supervision du préscolaire et du privé
Planification et carte scolairePlan de développement de l'académie, cartes prévisionnelles, renforcement du réseau d'établissements
Gestion des ressources humainesSituations administratives, mouvements de mutation régionaux, politique de formation continue
Affaires administratives et financièresProjet de budget, contrôle des dépenses de fonctionnement, marchés publics
Unités et centres rattachésUnité régionale d'audit, centre régional des examens, centre régional d'orientation scolaire et professionnelle

Direction provinciale et établissement

Le directeur provincial supervise des services calqués sur ceux de l'académie (affaires pédagogiques et planification, ressources humaines, affaires juridiques, centre provincial des examens), avec secrétariat exécutif, bureau d'ordre et cellule d'audit interne. Au bas de la pyramide, l'établissement scolaire, auquel l'article 40 de la loi-cadre 51-17 reconnaît une autonomie fondée sur le projet d'établissement.

La place de l'inspecteur

L'inspecteur travaille à l'interface entre le niveau central (programmes et orientations officielles) et le terrain (établissements et enseignants), rattaché administrativement à l'académie ou à la direction provinciale selon son cadre. Ses missions — selon l'article 28 du décret 2.24.140 — sont au nombre de cinq : inspection et audit, encadrement et accompagnement, contribution au suivi et à l'évaluation du rendement des établissements, contrôle et évaluation, recherche et formation.

Clé de compréhension. La décentralisation (l'académie est un établissement public autonome, doté de son conseil et de son budget) diffère de la déconcentration (la direction provinciale prolonge l'autorité centrale). Les confondre est une erreur classique : l'article 40 de la loi-cadre prescrit la poursuite des deux, non de l'une seulement.

  • Loi n° 07.00 portant création des Académies régionales d'éducation et de formation, dahir n° 1.00.203 du 19 mai 2000.
  • Décret n° 2.24.140 du 23 février 2024 relatif au statut particulier des fonctionnaires du ministère chargé de l'Éducation nationale — article 28.
Axe V : situation professionnelle

Le Statut général de la fonction publique fixe les règles communes de la relation entre le fonctionnaire et l’administration : droits, obligations, positions statutaires, responsabilité et discipline. Il s’articule avec les statuts particuliers de chaque secteur.

Texte fondateur

Dahir 1.58.008

Champ

Règles générales des fonctionnaires de l’État

Actualisation

Modifications successives, dont la loi 46.24

Le texte de référence

Dahir n° 1.58.008 du 4 chaabane 1377 (24 février 1958) portant statut général de la fonction publique, tel qu'il a été modifié et complété. C'est le fondement sur lequel repose le décret 2.24.140 propre aux fonctionnaires de l'Éducation nationale, qui s'y réfère expressément dans son préambule.

Actualisation législative : la loi 46.24 a modifié plusieurs dispositions du Statut général, notamment l’article 66 relatif aux sanctions disciplinaires.

Les quatre positions du fonctionnaire

PositionContenu
ActivitéPosition normale : le fonctionnaire exerce effectivement les fonctions de son cadre, ou se trouve en congé ou autorisation d'absence régulière.
DétachementLe fonctionnaire est hors de son administration d'origine mais demeure dans son cadre : il conserve ses droits à l'avancement et à la retraite.
DisponibilitéLe fonctionnaire est hors de son administration et hors de son cadre : traitement, avancement et droits à la retraite sont suspendus.
Sous les drapeauxPosition du fonctionnaire appelé à accomplir le service militaire.

Le critère qui sépare détachement et disponibilité est la continuité des droits : en détachement, l'avancement et la retraite se poursuivent ; en disponibilité, ils sont suspendus. Cette seule phrase suffit à traiter la question de distinction la plus fréquente de ce cours.

Droits et devoirs

Droits

Traitement, congés et autorisations, protection contre les menaces et attaques liées à la fonction, droit syndical et droit de grève, formation continue, droit à l'avancement.

Devoirs

Exécution personnelle des tâches, soumission à l'autorité hiérarchique, réserve et secret professionnel, intégrité et neutralité, non-cumul avec une activité privée lucrative, assiduité.

Le décret 2.24.140 ajoute un devoir propre au secteur : il est interdit aux fonctionnaires de dispenser des cours particuliers rémunérés aux apprenants des établissements publics où ils exercent (article 6), et il prévoit une charte de déontologie de la profession établie par le ministère (article 8).

Les sanctions disciplinaires après la loi 46.24

Elles sont ordonnées par ordre de gravité croissante, principe énoncé par l'article lui-même :

#SanctionDegré
1L'avertissementPremier degré — prononcé sans consultation du conseil de discipline
2Le blâme
3La radiation du tableau d'avancementSecond degré — exige la saisine du conseil de discipline
4L'abaissement d'échelon
5La rétrogradation de grade
6La révocation

L'apport principal de la loi 46.24 : la fusion des deux anciennes sanctions — « révocation sans suspension du droit à pension » et « révocation avec suspension du droit à pension » — en une révocation unique, ainsi que la clarification et la réorganisation des deux sanctions intermédiaires.

Les garanties du fonctionnaire

  • Communication intégrale du dossier avant comparution ;
  • droits de la défense et présentation d'observations écrites ou orales ;
  • motivation de la décision disciplinaire ;
  • recours devant le juge administratif contre la sanction.
  • Dahir n° 1.58.008 du 4 chaabane 1377 (24 février 1958) portant statut général de la fonction publique, tel que modifié et complété.
  • Loi n° 46.24 modifiant et complétant le statut général de la fonction publique (2024) — article 66.
  • Décret n° 2.24.140 du 23 février 2024 — articles 6 et 8.

Le décret 2.24.140 organise la situation professionnelle des fonctionnaires du ministère chargé de l’Éducation nationale et des cadres des AREF. Il définit les corps, les missions, les parcours professionnels, les droits, les obligations et les règles transitoires du secteur.

Texte en vigueur

Décret 2.24.140

Champ

Fonctionnaires du ministère et cadres des AREF

Architecture

Cinq corps principaux

Identité du texte

Décret n° 2.24.140 du 13 chaabane 1445 (23 février 2024) relatif au statut particulier des fonctionnaires du ministère chargé de l'Éducation nationale.

Bulletin officiel n° 7277 du 16 chaabane 1445 (26 février 2024) — 95 articles, 12 titres

Il prend effet à compter du 1ᵉʳ septembre 2023 (article 93), soit rétroactivement par rapport à sa publication.

Ce qu'il abroge exactement

L'article 93 abroge trois textes à compter de la même date :

  • le décret 2.02.854 (10 février 2003) — statut particulier des fonctionnaires du ministère de l'Éducation nationale ;
  • le décret 2.02.855 (10 février 2003) — régime des indemnités correspondantes ;
  • le décret 2.23.819 (6 octobre 2023) — statut particulier des fonctionnaires du secteur de l'Éducation nationale.

L'article 92 précise que toute référence au décret de 2003 dans les textes en vigueur est remplacée par une référence au présent décret.

Un repère historique souvent demandé. Le décret 2.23.819 n'a duré que quelques mois : publié en octobre 2023, abrogé par le décret de 2024. C'est le texte qui a suscité un large mouvement de protestation dans le secteur, remplacé après dialogue social. Rappeler ce contexte distingue une copie dans les questions d'actualité.

Les cinq corps (article 9)

CorpsCadres qui le composent
1. Corps de l'éducation et de l'enseignement (art. 10)Cadres d'enseignement (professeur du primaire · du secondaire collégial · du secondaire qualifiant · professeur agrégé d'éducation et de formation) · conseiller en orientation éducative · cadre spécialisé pédagogique · cadre spécialisé social
2. Corps de l'administration pédagogique et de la gestion (art. 16)Administrateur pédagogique · conseiller en planification de l'éducation · intendant · spécialiste en économie et administration · assistant pédagogique
3. Corps de l'inspection, de l'encadrement, du contrôle et de l'évaluation (art. 23)Cadres d'inspection pédagogique (primaire · collégial · qualifiant · cycles post-baccalauréat) · inspecteur en orientation éducative · inspecteur en planification de l'éducation · inspecteur des affaires financières
4. Corps des administrateurs de l'Éducation nationale (art. 29)Trois grades, couronnés par l'emploi supérieur d'administrateur général de l'Éducation nationale
5. Corps des enseignants-chercheurs en éducation et formationCadres de recherche et de formation

Dénomination officielle : l’un des corps réunit l’inspection, l’encadrement, le contrôle et l’évaluation, quatre fonctions complémentaires dans la même structure.

Les missions du corps de l'inspection (article 28)

Cinq missions communes aux différents cadres d'inspection ; c'est leur champ d'application qui varie, non leur nature :

  1. l'inspection et l'audit ;
  2. l'encadrement et l'accompagnement ;
  3. la contribution au suivi et à l'évaluation du rendement des établissements dans le domaine de compétence ;
  4. le contrôle et l'évaluation ;
  5. la recherche et la formation dans le domaine concerné.

Le texte ajoute aux cadres d'inspection pédagogique une première mission propre : la contribution au suivi et à l'évaluation des apprentissages au préscolaire, au primaire, au collégial, au qualifiant et dans les cycles post-baccalauréat.

Les grades

CadreNombre de gradesDénominations
Cadres d'enseignement32ᵉ grade · 1ᵉʳ grade · grade exceptionnel
Professeur agrégé d'éducation et de formation21ᵉʳ grade · grade exceptionnel
Cadres d'inspection21ᵉʳ grade · grade exceptionnel
Administrateur pédagogique / conseiller en planification21ᵉʳ grade · grade exceptionnel
Assistant pédagogique5du 5ᵉ au 1ᵉʳ grade

Observation significative. Les cadres d'inspection commencent directement au 1ᵉʳ grade et ne connaissent pas de « 2ᵉ grade », contrairement aux cadres d'enseignement. Cela traduit le fait que l'accès à l'inspection se fait à partir de fonctionnaires déjà expérimentés, non par recrutement direct.

Dispositions générales fréquemment interrogées

  • Article 5 : les fonctionnaires ne peuvent être contraints d'exercer des missions autres que celles qui leur sont légalement confiées, et disposent d'une marge raisonnable de liberté de création et d'innovation dans l'exercice de leurs missions, notamment en matière d'enseignement.
  • Article 6 : interdiction des cours particuliers rémunérés aux apprenants des établissements publics où ils exercent, et interdiction du cumul avec des fonctions dans l'enseignement privé sauf autorisation écrite préalable.
  • Article 7 : respect des principes d'équité, d'égalité, d'égalité des chances, d'intégrité, de transparence et d'objectivité, avec prise en compte permanente de l'intérêt supérieur des apprenants.
  • Article 8 : établissement d'une charte de déontologie de la profession fixant les fondements, principes et règles de conduite professionnelle.
  • Décret n° 2.24.140 du 13 chaabane 1445 (23 février 2024) relatif au statut particulier des fonctionnaires du ministère chargé de l'Éducation nationale, Bulletin officiel n° 7277 du 26 février 2024.
  • Décret n° 2.24.141 du 23 février 2024 fixant des mesures diverses relatives aux indemnités allouées aux fonctionnaires du ministère chargé de l'Éducation nationale.
Axe VI : vie scolaire

La vie scolaire associe l’organisation de l’établissement à la protection des droits et de la sécurité des apprenants. Les conseils, le règlement intérieur et la charte de l’apprenant s’articulent avec la surveillance, l’assurance et les régimes de responsabilité.

Gouvernance interne

Conseils et projet d’établissement

Droits de l’apprenant

Règlement intérieur et charte

Protection

Assurance et responsabilité

Les quatre conseils de l'établissement

ConseilCompétence
Conseil de gestionOrientations de l'établissement, budget, règlement intérieur, approbation du projet d'établissement et suivi de sa réalisation
Conseil pédagogiquePropositions de programme d'action éducatif, organisation du soutien et des activités parascolaires, suivi des résultats
Conseils d'enseignementUn conseil par matière : examen des conditions de son enseignement, besoins en formation et en moyens
Conseils de classeSuivi des résultats, décisions de passage et de redoublement, propositions de sanctions disciplinaires

Ces conseils sont organisés par le décret n° 2.02.376 portant statut particulier des établissements d'éducation et d'enseignement public (17 juillet 2002).

Le règlement intérieur

Chaque établissement élabore son règlement intérieur dans le cadre des textes nationaux : droits et devoirs des élèves, horaires, conditions d'assiduité, mesures disciplinaires. Depuis l'article 26 de la loi-cadre 51-17, la « charte de l'apprenant » — établie par l'autorité gouvernementale — en constitue une partie intégrante.

La loi n° 59.21 renforce ce cadre : son article 35 impose à chaque établissement d'enseignement scolaire un règlement intérieur comprenant la charte de l'apprenant, et son article 39 prévoit l'assurance des apprenants contre les accidents survenus pendant qu'ils sont sous la surveillance de l'établissement. Cette obligation d'assurance doit être distinguée des règles de responsabilité civile du DOC.

L'accident scolaire : définition et texte fondateur

L'accident scolaire est toute blessure subie par un élève du fait d'un acte involontaire, à l'intérieur de l'établissement ou pendant qu'il se trouve sous sa garde pour un motif s'y rattachant. Il couvre les élèves régulièrement inscrits, ceux des écoles itinérantes, ainsi que les enfants inscrits dans les colonies de vacances relevant du secteur.

Il ne faut pas attribuer au dahir du 26 octobre 1942 l'introduction de l'article 85 bis dans le DOC. Dans sa version officielle consolidée, l'article 85 bis régit la responsabilité des instituteurs et des agents concernés : la faute, l'imprudence ou la négligence doit être prouvée par le demandeur et, dans les cas prévus pour l'enseignement public, la responsabilité de l'État se substitue à celle du membre de l'enseignement devant les juridictions civiles. La version consolidée renvoie au dahir du 4 mai 1942. Le dahir du 26 octobre 1942 est un texte distinct relatif à la réparation des accidents survenus aux élèves des établissements scolaires publics.).

La responsabilité de l'administration couvre toute la période scolaire, depuis l'arrivée de l'élève à l'école jusqu'à sa sortie, y compris les séances d'enseignement et les périodes de récréation.

Portée de l'article 85 bis du Dahir des obligations et contrats

La jurisprudence administrative considère de façon constante que le défaut de surveillance pendant la récréation constitue une faute de service ouvrant droit à réparation, particulièrement lorsque l'espace n'est pas organisé de manière à prévenir les bousculades.

La responsabilité personnelle des enseignants

C'est ici que se loge la distinction fine. Dans le régime ordinaire du commettant et du préposé, la faute est présumée ; en revanche, selon l'article 85 bis, la responsabilité des membres de l'enseignement suppose que la faute soit prouvée par la victime elle-même, et non présumée.

Article (DOC)Type de responsabilité
Article 79L'État et les collectivités répondent des dommages résultant directement du fonctionnement de leur administration et des fautes de service de leurs agents
Article 80Les agents de l'État et des collectivités répondent personnellement des dommages résultant de leur dol ou de leurs fautes lourdes
Article 85 bisResponsabilité de l'État pour le dommage causé par la faute des cadres éducatifs durant la surveillance des élèves, avec charge de la preuve sur la victime

L'État est substitué à l'enseignant pour indemniser la victime, mais il peut ensuite exercer une action récursoire contre lui si la faute est établie. Cette action se prescrit par trois ans à compter du jour du fait dommageable. Conformément à l'article 515 du Code de procédure civile, les actions contre l'État sont dirigées contre le chef du gouvernement, contre la Trésorerie générale en la personne du trésorier général, et contre les collectivités en la personne du gouverneur.

Gestion de l’accident et indemnisation

La déclaration, la constitution du dossier et l’indemnisation suivent les textes, notes et contrats ou conventions d’assurance en vigueur. Aucun délai ni montant fixe ne doit être retenu sans vérification dans la référence officielle actualisée applicable au cas concerné.

Distinction juridique : l’accident scolaire concerne l’apprenant placé sous la surveillance de l’établissement; l’accident du travail concerne le fonctionnaire pendant ou à l’occasion du service.

  • Dahir du 26 octobre 1942 relatif à la réparation des accidents subis par les élèves des établissements d'enseignement public — introduisant l'article 85 bis au Dahir des obligations et contrats.
  • Décret n° 2.02.376 portant statut particulier des établissements d'éducation et d'enseignement public (17 juillet 2002).
  • Dahir des obligations et contrats, articles 79, 80 et 85 bis · Code de procédure civile, article 515.
Axe VII : actualités

Ce chapitre rassemble les transformations législatives, réglementaires et les politiques publiques récentes qui influencent le système éducatif. Elles sont présentées comme des étapes liées dans l’application de la loi-cadre et l’évolution de la gouvernance, des métiers et des établissements.

Politique publique

Feuille de route 2022–2026

Cadre professionnel

Décret 2.24.140 et loi 46.24

Enseignement scolaire

Loi 59.21

Le Nouveau Modèle de Développement (2021)

Le rapport de la Commission spéciale sur le modèle de développement fait de l'éducation le premier levier du développement humain et appelle à accélérer l'application de la loi-cadre 51-17, en mettant l'accent sur la qualité des apprentissages fondamentaux (lire, écrire, compter) plutôt que sur les seuls indicateurs quantitatifs de scolarisation.

La Feuille de route 2022-2026

Programme exécutif du secteur, visant l'amélioration des apprentissages fondamentaux et la réduction de la déperdition scolaire. Il s'organise autour de trois axes :

L'élève

Maîtrise des apprentissages fondamentaux, soutien pédagogique, activités parascolaires, lutte contre l'abandon.

L'enseignant

Rénovation de la formation initiale et continue, amélioration des conditions d'exercice, accompagnement en classe.

L'établissement

Mise à niveau des bâtiments et équipements, renforcement de l'autonomie et du pilotage.

Les établissements pionniers

Principale traduction de terrain de la Feuille de route. Ils reposent sur un ensemble intégré : l'enseignement au niveau adéquat (regroupement des apprenants selon leur niveau réel en apprentissages fondamentaux, et non selon leur niveau scolaire), l'apprentissage actif, le soutien intensif, des évaluations de positionnement régulières et un accompagnement rapproché de l'enseignant en classe. Le dispositif a démarré au primaire puis s'est étendu au collège.

L'idée qui rapporte des points. La nouveauté des établissements pionniers ne tient pas à des moyens supplémentaires, mais au renversement de la logique de regroupement : au lieu d'une classe homogène administrativement et hétérogène cognitivement, des groupes homogènes cognitivement pendant les séances d'apprentissages fondamentaux. Reliez-la à la pédagogie différenciée pour montrer que vous lisez l'actualité avec un regard pédagogique, non journalistique.

La réforme du statut (2023-2024)

6 octobre 2023 — Décret 2.23.819 portant statut particulier des fonctionnaires du secteur de l'Éducation nationale.
Fin 2023 — Large mouvement de protestation dans le secteur, puis dialogue social.
23 février 2024 — Le décret 2.24.140 abroge les deux textes de 2003 et celui d'octobre 2023, et prend effet rétroactivement au 1ᵉʳ septembre 2023.
2024 — La loi 46.24 modifie le statut général de la fonction publique (article 66 : sanctions disciplinaires).

2026 — Loi n° 59.21 relative à l'enseignement scolaire, promulguée par le dahir n° 1.26.05 et publiée au Bulletin officiel n° 7485 du 23 février 2026. Son article 1er précise qu'elle intervient en application de la loi-cadre 51.17 et ne l'abroge pas.

L'intelligence artificielle en éducation (2026)

La Recommandation n° 1/2026 du Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique est un document d'orientation relevant de la force de proposition du Conseil. Il s'agit d'une recommandation non contraignante, et non d'une loi ou d'un décret..

Lexique des sigles

SigleSignification
CSEFRSConseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique — instance constitutionnelle consultative (article 168 de la Constitution)
AREFAcadémie régionale d'éducation et de formation — 12 académies, loi 07.00
CRMEFCentre régional des métiers de l'éducation et de la formation — décret 2.11.672
DPEFDirection provinciale de l'éducation et de la formation
INEInstance nationale d'évaluation, rattachée au Conseil supérieur
  • Rapport de la Commission spéciale sur le modèle de développement, « Le Nouveau Modèle de Développement », 2021.
  • Feuille de route 2022-2026 pour la réforme de l'école publique, ministère de l'Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports.
  • Loi n° 105.12 relative au Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique · article 168 de la Constitution.

La Recommandation n° 1/2026 du Conseil supérieur propose un cadre national pour l’usage de l’intelligence artificielle en éducation, formation et recherche scientifique, afin de protéger les apprentissages, l’équité, les données et le rôle humain de l’enseignant.

Nature

Recommandation consultative non contraignante

Auteur

Conseil supérieur de l’éducation

Émission

Avril 2026

Identité et adoption

Le Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique a émis la Recommandation n° 1/2026, intitulée « Pour l’adoption d’un cadre national d’orientation relatif à l’usage de l’intelligence artificielle en éducation, formation et recherche scientifique ». Il s'agit d'une recommandation relevant de la force de proposition du Conseil, et non d'une loi ou d'un décret créant par elle-même une norme réglementaire obligatoire. La couverture officielle indexée renvoie à avril 2026 et l'annonce du Conseil a été publiée le 8 juin 2026 ; la date précise du 14 avril ne doit être maintenue comme date d'adoption définitive qu'avec une source officielle explicite..

Les cinq enjeux

EnjeuContenu
1. Le cœur de l'apprentissageEnjeu cognitif et développemental : risque d'affaiblissement des opérations mentales fondamentales en cas d'usage non encadré, avec différenciation selon les âges — protection maximale au primaire, développement de l'esprit critique au secondaire, capacitation à la recherche au supérieur.
2. Les acteurs éducatifsRenforcer le rôle de l'enseignant, non le remplacer ; rendre les apprenants capables d'un usage conscient et responsable.
3. La cohérence de la réformeLien étroit avec le chantier de révision profonde des curricula, en cohérence avec la Vision stratégique et la loi-cadre 51-17.
4. La dimension stratégiqueÉquité et égalité des chances dans un contexte plurilingue et pluriculturel (prédominance de l'anglais dans l'entraînement des systèmes), souveraineté numérique et protection des données.
5. La conscience sociétaleComplémentarité entre l'école, la famille et la société ; souveraineté dans la production du savoir et la recherche nationale.

Les quatre axes d'orientation

NiveauPrincipaux fondements
Cadre institutionnel et organisationnelAncrage de la responsabilité de l'État, approche intersectorielle, élaboration d'un cadre national de référence, soutien à la production d'un savoir national fiable
Principes fondateurs et encadrantsPrimauté de l'humain, de l'apprenant et de l'enseignant ; intérêt supérieur de l'enfant ; capacitation des enseignants ; différenciation selon les âges ; équité d'accès ; souveraineté numérique et linguistique ; protection des données personnelles ; transparence et redevabilité
Cohérence entre gestion immédiate et horizon stratégiqueRenforcement de la veille et du suivi, calibrage des interventions selon une vision de long terme
Sensibilisation des familles et participation des apprenantsAssocier les apprenants comme acteurs, sensibiliser la famille et la société civile

La thèse centrale. L'intelligence artificielle, selon la Recommandation, est un moyen qui demeure au service de l'humain : elle ne remplace ni l'enseignant ni l'apprenant. Le premier enjeu est la protection du cœur de l'apprentissage, par un encadrement pédagogique progressif selon les âges. Qui retient cette phrase tient l'esprit de tout le document.

Principe d’encadrement : le bénéfice pédagogique demeure conditionné par la protection des opérations mentales, la souveraineté numérique, la protection des données et la progressivité des usages selon les âges et les cycles.

  • Recommandation n° 1/2026 : « Pour l'adoption d'un cadre national d'orientation de l'usage de l'intelligence artificielle en éducation, formation et recherche scientifique », CSEFRS, douzième session de l'Assemblée générale, avril 2026.