Module 104 · 9 chapitres

Didactique du français — Concours d’inspection : conception didactique et pédagogique

Unité couvrant les trois sous-domaines du domaine « Conception didactique et pédagogique » du descriptif 2025 : élaboration d’un dispositif d’enseignement/apprentissage, transposition didactique, réflexion sur des pratiques professionnelles. Cas d’entraînement et quiz.

9 chapitres 10 questions ~5.0 heures

Objectifs du module

  • Distinguer didactique et pédagogie ; maîtriser triangle et contrat didactiques, objectif, compétence.
  • Expliquer la transposition didactique et l’appliquer à des exemples de l’enseignement du français.
  • Concevoir un dispositif : analyse de situation, objectifs, support, tâches, séquence, évaluation, régulation.
  • Analyser une pratique : décrire, repérer les écarts, interpréter, proposer des régulations.
L’épreuve

Le descriptif officiel de la mise à jour 2025 (concours d’inspection, spécialité langue française, collège et lycée) ne comporte, pour la composante didactique de la matière, qu’un seul domaine : « Conception didactique et pédagogique », pondéré à 100 % de la composante. Cette unité suit ce domaine et ses trois sous-domaines.

1.1 Ce que dit le descriptif

DomaineSous-domainesImportance
Conception didactique et pédagogiqueÉlaboration d’un dispositif d’enseignement/apprentissage · transposition didactique · réflexion sur des pratiques professionnelles100 %

Le même libellé figure pour le collège et pour le lycée. L’épreuve de sciences de l’éducation et de didactique de la matière a un coefficient 1 et dure 3 heures ; la didactique y pèse 80 % (sciences de l’éducation : 20 %).

1.2 La carte des trois axes

Axe 1Élaborer un dispositif

Analyser une situation d’enseignement, fixer des objectifs, organiser une séquence, prévoir tâches, différenciation et évaluation (chapitres 4 et 5).

Axe 2Transposition didactique

Comprendre comment un savoir savant devient un savoir à enseigner puis enseigné, et ce que cela change pour le français (chapitre 3).

Axe 3Réflexion sur les pratiques

Analyser sa propre pratique ou celle d’un autre enseignant, repérer des écarts, proposer des régulations (chapitre 7).

1.3 Comment utiliser cette unité

  1. Lire d’abord le chapitre 2 (vocabulaire) : les trois axes reposent sur des termes qu’il faut employer avec précision.
  2. Travailler les trois axes dans l’ordre des chapitres 3, 4-5 et 7.
  3. S’entraîner avec les cas du chapitre 8, puis avec le quiz.
  4. Pour les contenus officiels (programmes, périodes, orientations pédagogiques), se reporter aux unités « Didactique du français — collège » et « — lycée » du site, qui reprennent les textes institutionnels.

Limites de l’unité. Nous ne disposons pas d’annales publiées de la composante didactique de ce concours pour la spécialité : la forme exacte des questions (texte à commenter, situation de classe, question ouverte) n’est donc pas établie. Les chapitres s’appuient sur des références académiques générales de la didactique du français (listées au chapitre 9) et sur les textes officiels déjà traités dans les unités liées. Les cas d’entraînement du chapitre 8 sont conçus pour cette unité ; ils ne sont pas extraits d’une épreuve officielle.

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Repères

Avant de concevoir quoi que ce soit, il faut s’accorder sur les mots. Ce chapitre fixe les notions que les trois axes mobilisent : didactique, pédagogie, triangle didactique, contrat didactique, objectif, compétence, situation-problème.

2.1 Didactique et pédagogie

NotionDéfinition de travailQuestion typique
DidactiqueÉtude des conditions de transmission et d’appropriation des savoirs propres à une discipline (ici, le français : langue, textes, oral, écriture).« Que faut-il enseigner de la subordonnée relative, et dans quel ordre ? »
PédagogieRéflexion et action sur la relation éducative et l’organisation de la classe, valables au-delà d’une discipline.« Comment organiser le travail de groupe et gérer l’hétérogénéité ? »

Les deux se recoupent dans la pratique, d’où l’intitulé du domaine, « conception didactique et pédagogique ». Retenez la différence d’objet : la didactique part du savoir, la pédagogie de la relation et de l’organisation.

2.2 Le triangle didactique

Il relie trois pôles : l’enseignant, l’élève, le savoir. Chaque côté désigne un processus : enseigner (enseignant–savoir), apprendre (élève–savoir), former (enseignant–élève). Une séance déséquilibrée en privilégie un seul : un cours magistral sur le savoir (le pôle élève disparaît), une activité d’expression libre sans objet de savoir (le pôle savoir disparaît).

2.3 Le contrat didactique

Notion de Guy Brousseau : l’ensemble des attentes, le plus souvent implicites, entre l’enseignant et les élèves à propos du savoir en jeu. Exemple en français : l’élève croit qu’une « bonne réponse » en lecture est celle que l’enseignant a déjà en tête ; il cherche à la deviner plutôt qu’à construire le sens à partir du texte. Le contrat se révèle surtout quand il est rompu (consigne inhabituelle, question sans réponse unique).

2.4 Objectif, compétence, tâche, situation-problème

  • Objectif : résultat d’apprentissage attendu, formulé en termes de ce que l’élève saura faire (verbe d’action observable) et dans quelles conditions.
  • Compétence : capacité à mobiliser un ensemble de ressources (connaissances, savoir-faire, attitudes) pour agir efficacement dans une famille de situations (Perrenoud, Le Boterf). Elle ne se réduit pas à une somme d’objectifs.
  • Tâche : ce que l’élève fait concrètement en classe (lire, relever, reformuler, écrire un paragraphe…).
  • Situation-problème : situation qui pose à l’élève un obstacle à franchir, qu’il ne peut lever sans construire un nouvel apprentissage.
Exemple. Objectif : « à l’issue de la séance, l’élève sait relever dans un récit trois indices du point de vue du narrateur et les justifier par une phrase ». Compétence : « lire et interpréter un récit pour en dégager le sens et les effets ». Tâche : « souligner dans l’extrait les marques de la première personne puis expliquer en deux phrases ce qu’elles révèlent ». L’objectif est un maillon de la compétence, la tâche en est l’activité support.

2.5 Évaluation diagnostique, formative, sommative

TypeMoment et fonction
DiagnostiqueAvant l’apprentissage : repérer les acquis et les représentations de départ.
FormativePendant : informer élève et enseignant, réguler, ne pas classer.
SommativeÀ la fin d’une unité : mesurer le degré de maîtrise et certifier.
Confusion fréquente. Dire qu’une activité « formative » devient « sommative » dès qu’on lui met une note est inexact : c’est la fonction (réguler ou certifier) qui définit le type, pas la présence d’un chiffre.
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Axe 2 — Transposition didactique

Le deuxième sous-domaine du descriptif est la transposition didactique. La notion est popularisée par Yves Chevallard (La transposition didactique. Du savoir savant au savoir enseigné, 1985), à partir d’un travail du sociologue Michel Verret. Elle décrit les transformations qu’un savoir subit pour devenir un objet d’enseignement.

3.1 Les trois états du savoir

Savoir savant

Produit par la recherche (linguistique, théorie littéraire, sciences du langage). Il est formalisé, spécialisé, daté.

Savoir à enseigner

Choisi, découpé et ordonné dans les programmes, les orientations pédagogiques et les manuels, sous l’action de ce que Chevallard nomme la noosphère (experts, institution, éditeurs).

Savoir enseigné

Ce que l’enseignant met réellement en œuvre dans sa classe : reformulé, illustré, adapté à son public et à son temps.

On distingue souvent une transposition externe (du savoir savant au savoir à enseigner, hors de la classe) et une transposition interne (du savoir à enseigner au savoir enseigné, dans la préparation et la conduite du cours). Le travail attendu d’un cadre pédagogique porte surtout sur la seconde, mais la première explique pourquoi un programme se présente comme il le fait.

3.2 Ce que fait subir la transposition

  • Décontextualisation et recontextualisation : une règle sort de son cadre théorique et réapparaît dans un exercice.
  • Simplification et découpage : un phénomène complexe est divisé en étapes enseignables.
  • Programmation : on décide de l’ordre (par exemple, le groupe nominal avant la phrase complexe).
  • Dogmatisation : le savoir est présenté comme certain, alors que les débats de la recherche disparaissent.
  • Personnalisation et dépersonnalisation : la question initiale et son auteur s’effacent.

3.3 Illustrations en français

ObjetSavoir savantSavoir à enseigner / enseigné
Les temps du récitThéorie de l’énonciation et de l’aspect verbal (Benveniste, Weinrich).Tableau de conjugaison, opposition « passé simple = actions de premier plan, imparfait = arrière-plan » proposée comme règle utilisable.
Les types de textesTypologies textuelles discutées (Adam, 1992).Fiches « narratif, descriptif, argumentatif » avec critères repérables, qui présentent parfois comme purs des textes en réalité mixtes.
La grammaire de phraseGrammaires scientifiques concurrentes (traditionnelle, structurale, générative).Nomenclature officielle de la terminologie grammaticale, nombre limité de notions, exercices d’identification.

3.4 Pourquoi y réfléchir en tant que futur cadre

La transposition n’est ni bonne ni mauvaise en soi : elle est inévitable. Elle devient un problème quand elle déforme le savoir au point de produire des erreurs institutionnalisées ou des obstacles que les élèves rencontreront plus tard. Chevallard parle de vigilance épistémologique : garder la capacité de revenir au savoir de référence pour juger si ce qui s’enseigne reste fidèle, et de repérer les écarts.

Application. Une fiche affirme : « Le passé simple s’emploie pour les actions courtes, l’imparfait pour les actions longues. » Le contrôle épistémologique montre que cette règle est trop réductrice : le passé simple peut exprimer une action longue (« Il régna quarante ans ») et l’imparfait peut décrire une action brève répétée. L’enseignant garde la règle comme première approche, mais prévoit une situation où elle échoue, pour faire émerger l’opposition réelle (premier plan / arrière-plan, ou valeur aspectuelle).
Pièges. (1) Confondre transposition didactique et simple « simplification » : c’est un processus de transformation complet, qui inclut le choix et l’ordre. (2) Penser que la transposition est une faute de l’enseignant : elle est structurelle. (3) Confondre savoir à enseigner (programme) et savoir enseigné (classe).
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Axe 1 — Dispositif

Premier sous-domaine : l’élaboration d’un dispositif d’enseignement/apprentissage. Un dispositif est l’ensemble organisé de choix (objectifs, contenus, tâches, supports, temps, évaluation) qui rend un apprentissage possible. Ce chapitre traite la première moitié du raisonnement : de l’analyse de la situation à la formulation des objectifs ; le chapitre 5 traite l’organisation en séquence.

4.1 La démarche en six temps

  1. Analyser la situation : niveau, programme, ressources, temps disponible, acquis et difficultés connus des élèves.
  2. Identifier le savoir en jeu : que veut-on apprendre exactement ? À quels autres savoirs cela se rattache-t-il ?
  3. Formuler les objectifs : un objectif général (la compétence visée) décliné en objectifs spécifiques observables.
  4. Choisir le support : texte, document, image, vidéo ; il doit servir l’objectif, non l’inverse.
  5. Concevoir les tâches : ce que les élèves feront, dans quel ordre, seuls ou en groupe.
  6. Prévoir l’évaluation et la régulation : comment saura-t-on si l’objectif est atteint, et que fera-t-on sinon ?

4.2 Formuler un objectif utilisable

Un bon objectif décrit un comportement observable avec un verbe d’action, il indique si possible les conditions (avec ou sans document) et un critère de réussite. La taxonomie de Bloom (révisée) aide à situer le niveau cognitif : mémoriser, comprendre, appliquer, analyser, évaluer, créer.

Formulation faibleFormulation correcte
« Faire comprendre le texte »« Reformuler en deux phrases l’idée principale du texte. »
« Étudier l’imparfait »« Dans un court récit, repérer cinq verbes à l’imparfait et justifier leur emploi (description, habitude). »
« Connaître le plan du commentaire »« Proposer deux axes de lecture pour un poème donné et les illustrer chacun d’un relevé d’indices. »
Pièges. Un objectif décrit l’apprentissage de l’élève, pas l’activité de l’enseignant (« expliquer la règle » n’est pas un objectif). Un objectif trop vague (« développer le goût de lire ») ne se prête pas à l’évaluation immédiate : on le garde comme finalité, on formule des objectifs plus fins.

4.3 Choisir un support

Un support convient s’il présente le phénomène visé de façon suffisamment fréquente et lisible, correspond au niveau de lecture des élèves, et ne cumule pas plusieurs difficultés indépendantes de l’objectif (vocabulaire rare, contexte inconnu, longueur excessive).

4.4 Exemple de cadrage

Situation. Classe de 2e année du collège ; les élèves identifient la fonction des mots dans une phrase simple mais confondent complément circonstanciel et complément d’objet.

Savoir en jeu. Distinguer ce qui est essentiel à la construction du verbe (objet) de ce qui est supprimable et déplaçable (circonstanciel).

Objectif spécifique. Dans une série de dix phrases, l’élève classe correctement au moins huit compléments en justifiant par un test de suppression et de déplacement.

Support. Phrases courtes extraites de récits déjà lus, afin de ne pas ajouter une difficulté de compréhension.

Cet exemple est construit pour illustrer la démarche ; il ne reproduit pas un sujet officiel.

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Seconde moitié de l’axe 1 : transformer des objectifs en une séquence cohérente, avec ses tâches, ses modalités de travail, sa différenciation et son évaluation.

5.1 Les niveaux d’organisation

NiveauDéfinition de travail
SéanceUnité de temps de classe, avec un objectif précis et une trace (écrit, production).
SéquenceEnsemble de séances organisées autour d’un même objectif ou d’un même objet de savoir, qui articulent lecture, langue, oral et écriture.
Projet / moduleEnsemble plus large (plusieurs séquences) qui s’achève sur une production finale.

Pour les termes exacts utilisés dans les programmes marocains du collège (périodes, genres) et du lycée (projets, modules), voir les unités institutionnelles du site : l’appellation d’un niveau dépend du cycle.

5.2 Architecture type d’une séquence

  1. Situation de départ : un problème ou une production initiale qui révèle les acquis et les obstacles.
  2. Séances d’apprentissage : chacune travaille un objectif précis (lire, repérer, manipuler, produire une partie).
  3. Séances de structuration : synthèse, règle, trace écrite construite avec les élèves.
  4. Évaluation et remédiation : production finale évaluée sur critères, puis activités de reprise.

5.3 Le modèle de la séquence d’écriture

Dolz, Noverraz et Schneuwly (2001) décrivent une séquence didactique centrée sur un genre : présentation de la situation, production initiale, modules (ateliers sur les difficultés repérées), production finale. L’intérêt est que la production initiale sert de diagnostic et la production finale de mesure du progrès.

5.4 Modalités de travail et différenciation

  • Travail individuel, en binôme, en groupe, en classe entière : on choisit selon l’objectif (l’entraide est utile pour confronter des interprétations, moins pour acquérir un automatisme).
  • Différenciation : on peut varier les supports (texte plus ou moins long), les tâches (guidées ou ouvertes), les aides (fiche-outil, lexique), le temps, tout en visant le même objectif pour tous.

5.5 Évaluer dans le dispositif

Une évaluation cohérente vérifie l’objectif visé, pas autre chose. On élabore des critères (ce qu’on regarde) et des indicateurs (comment on le reconnaît). Exemple pour un paragraphe argumentatif : critère « pertinence de l’argument » ; indicateur « l’argument répond à la question posée et est illustré d’un exemple précis ».

CritèreIndicateurs possibles
PertinenceLe texte répond à la consigne ; le sujet est respecté.
CohérenceEnchaînement des idées, progression, connecteurs adaptés.
Correction de la langueSyntaxe, orthographe, accord, ponctuation.
PrésentationLisibilité, paragraphes visibles.

5.6 Régulation

Lorsqu’un objectif n’est pas atteint, l’enseignant formule une hypothèse sur l’origine de l’erreur (notion mal comprise, consigne ambiguë, support inadapté) avant de choisir la remédiation. Reprendre la même explication plus lentement est rarement la bonne réponse : on change la tâche ou l’angle d’approche.

Pièges. (1) Une séquence n’est pas une succession de séances sans lien. (2) Différencier ne veut pas dire fixer des objectifs plus faibles à certains élèves, mais proposer des chemins différents vers le même objectif. (3) Une grille de critères trop longue devient inutilisable : quatre ou cinq critères suffisent pour une production courte.
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Repères

Concevoir un dispositif suppose de savoir quelle conception de la langue et de son enseignement on mobilise. Ce chapitre présente les grandes orientations que l’on rencontre dans les programmes et dans la littérature didactique, pour pouvoir situer une pratique ou un manuel.

6.1 De l’enseignement de la grammaire à l’enseignement de la communication

OrientationIdée centraleConséquence en classe
Grammaire traditionnelleApprendre des règles et des exceptions, puis les appliquer.Leçon de règle, exercices d’application, dictée.
Approche structuraleLa langue est un système de relations ; on manipule des énoncés (substitution, déplacement, suppression).Exercices de manipulation, tests syntaxiques.
Approche communicativeApprendre une langue, c’est apprendre à communiquer ; on travaille des actes de parole en situation.Jeux de rôle, tâches de communication, textes authentiques.
Approche actionnelleL’élève est un acteur social qui accomplit des tâches dans un contexte (CECRL, 2001).Projets et tâches finalisées, productions réelles.
Grammaire textuelleL’unité d’analyse n’est pas la phrase mais le texte (cohésion, cohérence, progression thématique).Étude des connecteurs, de la reprise, des temps à l’échelle du texte.
Approche par compétencesLes apprentissages visent la mobilisation de ressources dans des situations complexes.Situations-problèmes, évaluation sur tâche complexe.

Ces approches ne s’excluent pas : un enseignant combine souvent des exercices de manipulation (structural) à l’intérieur d’un projet d’écriture (actionnel) et d’une étude de la cohésion du texte (textuel).

6.2 Quatre domaines de la discipline

  • Lire : comprendre, interpréter, analyser ; lecture cursive et lecture méthodique.
  • Écouter et s’exprimer à l’oral : compréhension orale, prise de parole, débat.
  • Écrire : produire des textes de genres variés, réviser, réécrire.
  • Étudier la langue : grammaire, orthographe, lexique, conjugaison, au service des trois autres.

La question didactique centrale est celle de l’articulation : étudier la langue en isolant des exercices ou à partir des textes que les élèves lisent et écrivent ? Les programmes officiels du collège et du lycée précisent le choix institutionnel ; leurs détails sont dans les unités liées du site.

6.3 Le cadre européen (CECRL)

Le Cadre européen commun de référence pour les langues (Conseil de l’Europe, 2001) décrit six niveaux (A1 à C2) en termes de ce que l’apprenant sait faire. Il a popularisé l’approche actionnelle et la description des activités langagières (réception, production, interaction, médiation). Il sert de repère pour situer des élèves, mais n’est pas, en soi, un programme.

6.4 Lecture et écriture : repères

  • Lecture : distinguer comprendre (construire une représentation cohérente du texte) et interpréter (proposer un sens et le justifier).
  • Écriture : un texte se produit en plusieurs étapes — planification, mise en texte, révision — d’où l’importance de séances de réécriture et d’outils (grille d’autocorrection, liste de contrôle).
  • Erreur : elle est une information sur la représentation de l’élève (Astolfi, L’erreur, un outil pour enseigner, 1997), et non seulement une faute à sanctionner.
Pièges. (1) Confondre approche communicative et absence de grammaire : la langue reste enseignée, mais en lien avec des usages. (2) Opposer sans nuance « tradition » et « innovation » : le choix se justifie par l’objectif et le public. (3) Prendre le CECRL pour un programme officiel marocain.
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Axe 3 — Pratiques professionnelles

Troisième sous-domaine : la réflexion sur des pratiques professionnelles. Il ne s’agit pas de réciter une théorie, mais de savoir analyser une séance ou une pratique — la sienne ou celle d’un enseignant observé — et d’en tirer des régulations argumentées. C’est une compétence centrale pour un futur inspecteur, qui observe, analyse et conseille.

7.1 La pratique réflexive

Donald Schön (The Reflective Practitioner, 1983) distingue la réflexion dans l’action (ajuster en cours de séance) et la réflexion sur l’action (revenir après coup pour comprendre). Philippe Perrenoud (Développer la pratique réflexive dans le métier d’enseignant, 2001) en fait une compétence professionnelle qui suppose de la méthode, non une simple introspection.

7.2 Les dimensions d’une analyse de pratique

DimensionQuestions utiles
Savoir et objectifQuel savoir était en jeu ? L’objectif était-il clair, atteignable en une séance, évaluable ?
Tâches et supportsLes tâches menaient-elles à l’objectif ? Le support apportait-il une difficulté étrangère à l’objectif ?
Gestion du temps et de l’espaceLa répartition du temps de parole et d’activité servait-elle l’apprentissage ?
InteractionsLes élèves ont-ils eu l’occasion de chercher, de se tromper, de justifier ?
Évaluation et régulationQu’est-ce qui indique que l’objectif a été atteint ? Qu’a-t-on fait des erreurs observées ?

7.3 Une démarche en quatre temps

  1. Décrire les faits sans jugement (ce qui a été dit et fait, dans quel ordre).
  2. Identifier les écarts entre ce qui était prévu et ce qui s’est produit, ou entre l’objectif et les traces des élèves.
  3. Interpréter ces écarts en formulant des hypothèses (consigne ambiguë, notion préalable absente, gestion du temps…), en s’appuyant sur des repères théoriques.
  4. Proposer des régulations réalistes et justifiées (changer la consigne, ajouter une étape, modifier le regroupement) et dire comment on en mesurera l’effet.
Mini-exemple. Faits : en lecture d’un poème, l’enseignant lit seul le texte puis pose des questions ; les élèves répondent par des mots isolés. Écart : l’objectif était « formuler une interprétation justifiée ». Hypothèse : les questions fermées appellent des réponses courtes et la lecture magistrale supprime l’effort de construction du sens. Régulation : faire lire silencieusement, demander aux élèves de noter une impression et un indice, confronter en binômes avant la mise en commun.

7.4 L’erreur comme source d’information

Analyser une production d’élève, c’est classer les erreurs et chercher leur logique : confusion de notion, application abusive d’une règle (« l’hyper-correction »), interférence avec une autre langue. Pour un public bi- ou plurilingue, l’influence de la langue première ou de l’arabe dialectal ou littéraire sur les productions en français est une piste d’analyse à envisager, sans en faire une explication automatique.

7.5 Postures de l’observateur et du conseiller

  • Séparer observation (faits) et jugement (valeur).
  • Partir de ce qui fonctionne avant de pointer les écarts.
  • Formuler des pistes que l’enseignant peut tester, plutôt que des injonctions générales.
Pièges. (1) Remplacer l’analyse par une liste de reproches ou d’éloges. (2) Attribuer toutes les difficultés aux élèves (« niveau faible ») sans interroger le dispositif. (3) Proposer des remèdes qui ne découlent pas du diagnostic posé.
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Entraînement

Trois cas d’entraînement, un par axe. Ils sont conçus pour cette unité (ils ne sont pas extraits d’une épreuve officielle). Essayez de répondre par écrit avant de lire la proposition de correction.

Cas 1 — Élaborer un dispositif (axe 1)

Énoncé. Vous devez préparer, pour une classe du lycée, une séquence de quatre séances sur l’argumentation à partir d’un article de presse. Les élèves repèrent bien la thèse, mais produisent des paragraphes qui juxtaposent des opinions sans les justifier. Concevez le dispositif.

Proposition de correction
  1. Diagnostic : production initiale courte (un paragraphe argumentatif sur un sujet proche) ; elle montre l’écart « opinion sans justification ».
  2. Objectif général : produire un paragraphe argumentatif organisé (thèse, argument, exemple, reprise de la thèse). Objectifs spécifiques : relever les liens logiques d’un article ; distinguer argument et exemple ; rédiger un paragraphe de quatre à six phrases avec un connecteur de cause ou de conséquence.
  3. Support : un article court, au lexique accessible, présentant plusieurs arguments clairement séparés.
  4. Séances : (1) lecture et repérage de la thèse et des arguments ; (2) manipulation : classer arguments et exemples, compléter des connecteurs ; (3) rédaction guidée, avec grille de relecture ; (4) production finale individuelle et évaluation sur critères (pertinence, cohérence, correction de la langue).
  5. Différenciation : trame d’argumentaire fournie à certains, sujet plus ouvert pour d’autres, même critère de réussite.
  6. Régulation : réécriture à partir de la grille ; atelier court sur les connecteurs pour les élèves qui n’ont pas atteint le critère « cohérence ».

Cas 2 — Transposition didactique (axe 2)

Énoncé. Un manuel présente « les trois types de phrases : déclarative, interrogative, impérative » et propose des exercices d’identification. Analysez ce choix du point de vue de la transposition didactique.

Proposition de correction
  • Savoir savant : la linguistique distingue types de phrase (syntaxiques) et actes de parole (pragmatiques) ; une phrase interrogative peut accomplir un ordre (« Pouvez-vous fermer la porte ? »).
  • Savoir à enseigner : classification stable et réduite, adaptée à un apprentissage initial.
  • Écart et risque : l’élève peut croire que la forme détermine toujours la fonction ; il se trompe sur « Tu veux bien te taire ? ».
  • Vigilance épistémologique : conserver la classification comme première approche, mais prévoir une activité de contre-exemples (forme interrogative, valeur d’ordre) pour faire percevoir l’écart entre forme et intention.

Cas 3 — Réflexion sur une pratique (axe 3)

Énoncé. Lors d’une observation, l’enseignant consacre quinze minutes à lire à voix haute un texte et à expliquer chaque mot difficile ; les vingt-cinq minutes restantes servent à copier un résumé du tableau. L’objectif annoncé était « interpréter un personnage ». Que dites-vous à l’enseignant ?

Proposition de correction
  1. Décrire : lecture et explication magistrales, résumé copié ; aucune tâche d’interprétation des élèves.
  2. Écart : l’objectif (interpréter) n’est pas travaillé par les élèves ; le temps d’activité cognitive est faible.
  3. Hypothèses : crainte de ne pas finir le programme, souci de sécuriser la compréhension, habitude de transmettre l’interprétation déjà construite.
  4. Pistes : lecture silencieuse avec une consigne (relever deux indices du caractère du personnage), confrontation en binômes, puis synthèse construite à partir des propositions des élèves ; mesurer l’effet par une courte production (une phrase d’interprétation justifiée).
  5. Posture : reconnaître ce qui fonctionne (clarté de l’explication lexicale), puis proposer des pistes à tester.
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Synthèse

Ce dernier chapitre rassemble les repères à retenir, les confusions les plus fréquentes et les références utilisées.

9.1 Carte mentale

Carte mentale : conception didactique et pédagogique

Axe 1Dispositif

Situation → savoir en jeu → objectifs → support → tâches → séquence → évaluation → régulation.

Axe 2Transposition

Savoir savant → savoir à enseigner → savoir enseigné ; vigilance épistémologique.

Axe 3Pratique réflexive

Décrire → repérer les écarts → interpréter → proposer des régulations.

9.2 À retenir

  • Un objectif décrit ce que l’élève saura faire, avec un verbe observable.
  • La transposition est inévitable ; elle devient problématique quand elle déforme le savoir.
  • Différencier, c’est varier les chemins vers un même objectif.
  • Une analyse de pratique part des faits, formule des hypothèses, propose des régulations justifiées.

9.3 Pièges récurrents

ConfusionCorrection
Objectif = activité de l’enseignantL’objectif décrit l’apprentissage de l’élève.
Formative = sans noteFormative = régulation ; sommative = certification.
Savoir à enseigner = savoir enseignéLe premier est dans les textes, le second dans la classe.
Différenciation = objectifs allégésMêmes objectifs, itinéraires différents.
Pratique réflexive = auto-critiqueDémarche méthodique appuyée sur des repères.

Limites de l’unité (rappel). Les références ci-dessous sont des textes académiques généraux, et non des documents officiels marocains ; les programmes et orientations pédagogiques officiels sont traités dans les unités « Didactique du français — collège / lycée ». Les cas d’entraînement sont originaux.

Références
  • Chevallard, Y. (1985). La transposition didactique. Du savoir savant au savoir enseigné. Grenoble : La Pensée Sauvage.
  • Brousseau, G. (1998). Théorie des situations didactiques. Grenoble : La Pensée Sauvage.
  • Schön, D. (1983). The Reflective Practitioner. New York : Basic Books.
  • Perrenoud, P. (2001). Développer la pratique réflexive dans le métier d’enseignant. Paris : ESF.
  • Astolfi, J.-P. (1997). L’erreur, un outil pour enseigner. Paris : ESF.
  • Dolz, J., Noverraz, M. et Schneuwly, B. (2001). S’exprimer en français. Séquences didactiques pour l’oral et pour l’écrit. Bruxelles : De Boeck.
  • Conseil de l’Europe (2001). Cadre européen commun de référence pour les langues. Paris : Didier.
  • Reuter, Y. (dir.) (2010). Dictionnaire des concepts fondamentaux des didactiques. Bruxelles : De Boeck.
  • Descriptifs officiels de l’épreuve (concours d’inspection, mise à jour 2025), sections « Conception didactique et pédagogique ».
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Évaluation du module

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Un test court de 10 questions, allant des notions essentielles à leur mise en application, avec correction expliquée.

10 questions 7 minutes environ
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